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COLLOQUES SCIENTIFIQUES
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XIèmes RENCONTRES SCIENTIFIQUES DE NUTRITION |
14 novembre 2002 Institut Océanographique, Paris

INTERVENTIONS

 LA
PREVENTION PRIMAIRE DE L'ALLERGIE ALIMENTAIRE EST-ELLE POSSIBLE ?
Pr. Jacques SCHMITZ - Hôpital Necker - Enfants Malades, Paris
L'exclusion des protéines du lait de vache de l'alimentation du nourrisson est la base du traitement de l'intolérance à ces
protéines. Alors que l'efficacité de cette mesure diététique en a rapidement fait un test diagnostique, la question de
savoir s'il était possible de prévenir les allergies alimentaires par des modifications du régime des nourrissons a été longtemps
débattue. L'application à cette question d'études prospectives randomisées sur des groupes d'enfants déterminés
a permis, depuis quelques années, de répondre par l'affirmative, et de préciser les conditions de cette prévention.
Ainsi, alors qu'il a été longtemps difficile de démontrer que l'allaitement au sein prévenait la survenue ultérieure
de manifestations d'allergie et en particulier, des manifestations digestives de l'allergie aux protéines du lait de vache, on sait maintenant
qu'il est possible de diminuer la fréquence de survenue (de prévenir) des manifestations d'allergie chez des nourrissons à risque,
lorsque l'intervention diététique dure les 4 à 6 premiers mois de la vie, a fortiori lorsqu'elle est prolongée jusqu'à 9
ou 12 mois.
L'allaitement au sein a un effet préventif à la condition que la diversification de l'alimentation de l'enfant soit contrôlée,
en pratique repoussée après l'âge de 6, voire 9 mois; son efficacité est considérablement accrue si la mère
suit elle-même un régime excluant les principaux trophallergènes (laitages, œufs, poisson) pendant qu'elle allaite. Si l'allaitement
au sein n'est pas possible ou désiré, les formules à base d'hydrolysats poussés ou d'hydrolysats partiels ayant subi un
traitement thermique sont également efficaces, aucune étude n'ayant démontré la supériorité d'un type d'hydrolysat
sur un autre en ce qui concerne la prévention des manifestations d'allergie.
Toutes les études montrent que l'effet obtenu concerne avant tout l'eczéma mais aussi les manifestations digestives d'intolérance
alimentaire, en particulier aux protéines de lait de vache, alors que les manifestations telles que urticaire, rhume des foins, asthme, médiées
par les IgE ne sont pas significativement affectées par les modifications diététiques.
La durée de la prévention demeure mal définie, en partie sans doute car la durée de surveillance des enfants est l'élément
le plus variable d'une étude à l'autre (de 4 mois à 5 ans). L'impression qui se dégage est néanmoins que l'effet
obtenu l'est surtout pendant le temps d'intervention lui-même (effet " suspensif ", concernant les 4 à plus souvent 6 premiers
mois, ou plus, de la vie durant lesquels le nourrisson n'a pas reçu de formule à base de protéines du lait de vache ou de soja)
et qu'il se prolonge jusqu'à un an, voire 18 mois, s'effaçant ensuite, les prévalences actuelles de survenue des manifestations
d'allergie devenant identiques dans les groupes d'enfants comparés (prévention/pas de prévention) après l'âge de
2 ans. Ainsi, il semble bien que la diminution significative de prévalence cumulée de telle ou telle manifestation d'allergie (eczéma,
intolérance digestive) notée dans les études au plus long recul (3 ou 4 ans), la prévention recherchée, soit essentiellement
la conséquence de la diminution de la prévalence observée pendant la première (les 2 premières) année(s)
de la vie.
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