Dernière mise à jour le : 4 janvier 2010 

COLLOQUES SCIENTIFIQUES

XVIèmes RENCONTRES SCIENTIFIQUES DE NUTRITION  

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Le microbiote intestinal a-t-il un rôle dans l'obésité ?

Gérard Corthier
UEPSD INRA
78350 Jouy en Josas France

En 1983, Wostmann et al avaient observé que des rongeurs axéniques avaient besoin de 30 % de calories supplémentaires pour maintenir leur masse corporelle par rapport à des animaux conventionnels. Les mécanismes permettant d'expliquer cette observation restèrent inconnus jusqu'à des travaux récents menés par l'équipe de J. Gordon suggérant que le microbiote intestinal contribue à l'absorption par l'hôte de glucides et de lipides [Bäcked et al., 2005, Sonneburg et al., 2005] et régule le stockage des graisses [Bäcked, 2004]. Il a ainsi été montré que des souris axéniques âgées de huit semaines présentent un volume du tissu adipeux réduit par rapport à des souris conventionnelles. La colonisation de ces souris axéniques avec un microbiote intestinal aboutit à une augmentation de 60% de la masse grasse et l'émergence d'une insulino-résistance en deux semaines malgré une réduction de la prise alimentaire de 30%. Deux mécanismes mis en jeu ont été révélés par cette étude. D'une part, le microbiote intestinal augmente l'absorption de monosaccharides et induit ainsi une lipogenèse hépatique. D'autre part, l'inoculation du microbiote intestinal inhibe sélectivement la protéine Fiaf (Fasting-induced adipocyte factor), elle-même inhibitrice de la lipoprotéine lipase. La présence du microbiote aboutit donc à une activité lipoprotéine lipase plus élevée et ainsi à une augmentation du stockage de triglycérides dans les adipocytes [Bäcked et al., 2004, Bäckhed et al 2007]. Par ailleurs, il a également été observé que le microbiote intestinal des souris obèses présentait une proportion plus importante de Firmicutes associée à une plus faible population de Bacteroides [Ley et al., 2005]. La comparaison de souris obèses vs normales indique que l'obésité nutri-induite altère les réponses d'activités alpha2-AMPK du muscle et de l'hypothalamus et STAT3 de l'hypothalamus à la leptine [Martin et al 2006]. La comparaison de souris axéniques " conventionalisées " avec le microbiote de souris obèses versus celui de souris maigres montre que le transfert du microbiote de souris obèses s'accompagne d'une captation plus efficace d'énergie alimentaire et d'un gain de poids supérieur [Turnbaugh et al 2006].
Ces données sur modèle animal suggèrent ainsi l'existence potentielle d'un lien entre la composition du microbiote intestinale et une pathologie d'importance croissante : l'obésité. La comparaison de composition du microbiote entre sujets obèses et maigres et durant l'amaigrissement chez l'obèse montre aussi une proportion relative de Bacteroidetes moindre et des Firmicutes accrus chez les obèses et qui s'approchent des niveaux de sujets maigres avec un amaigrissement induit par deux régimes basses calories [Ley et al 2006]. La comparaison de composition du microbiote fécal et la concentration des selles en AGCC chez l'obèse durant l'amaigrissement sous régimes basses calories montre une concentration de butyrate diminuée et des proportions relatives du sous-groupe Roseburia-Eubacterium rectale (Firmicutes) ainsi qu'un niveau réduit de bifidobactéries lorsqu'un amaigrissement est induit par deux régimes basses calories [Duncan et al 2007]. Chez l'Homme, la composition du microbiote semble donc déterminer l'efficacité de récupération des calories de l'aliment et pourrait influencer le gain ou la perte de poids.

Il serait tentant de penser qu'une modification volontaire de la balance Firmicutes / Bacteroidetes pourrait conduire à une perte de poids. Cette modification de l'équilibre du microbiote pourrait n'être qu'une conséquence et non la cause de la perte de poids. De plus dans le domaine des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin, des études en cours et publiées sur les suggèrent que ces pathologies pourraient être liées à une valeur trop basse de ce ratio. Tout serait donc, comme souvent, dans un équilibre à préserver

Nutrition et vieillissement cérébral : données épidémiologiques

Pascale Barberger-Gateau
Inserm U593
Université Victor Segalen Bordeaux 2

Résumé
La cause la plus fréquente de vieillissement cérébral pathologique est la maladie d'Alzheimer, pour laquelle il n'existe actuellement aucun traitement étiologique. Ses principaux facteurs de risque que sont l'âge et une prédisposition génétique (possession de l'allèle epsilon 4 du gène de l'apolipoprotéine E) n'offrent pas de prise à la prévention. Il est donc nécessaire d'identifier des facteurs de risque environnementaux sur lesquels il serait possible d'agir, parmi lesquels la nutrition offre des perspectives intéressantes. En effet, plusieurs types de nutriments pourraient avoir un effet protecteur contre la démence et le déclin cognitif lié à l'âge : les anti-oxydants (vitamines E, C, caroténoïdes, polyphénols), les folates et les acides gras poly-insaturés oméga 3. Les arguments reposent sur un faisceau de données expérimentales, chez l'animal et de données épidémiologiques chez l'homme.
Plusieurs études épidémiologiques d'observation ont montré une association entre une consommation importante d'aliments riches en nutriments anti-oxydants et un moindre risque de démence ou de maladie d'Alzheimer. L'étude Kame a montré que le risque de maladie d'Alzheimer diminuait significativement avec la fréquence de consommation des jus de fruits et légumes, riches en polyphénols. Une autre étude prospective a mis en évidence une diminution du risque de déclin cognitif chez les femmes consommant beaucoup de légumes verts à feuilles, riches en lutéine et zéaxanthine, deux caroténoïdes, mais aussi en folates. Ces résultats sont retrouvés dans la Chicago Health and Aging Study (CHAP) qui met en évidence un déclin cognitif moins rapide chez les personnes âgées consommant au moins 4 portions de légumes par jour, surtout pour les légumes verts à feuilles. Dans l'étude française des 3 Cités (3C), une consommation quotidienne de fruits et légumes crus et cuits est associée à une diminution de 30 % du risque de démence dans les 4 ans qui suivent.
Concernant les micro-nutriments, les études PAQUID et 3C (flavonoïdes), l'étude CHAP (vitamine E) et la Rotterdam Study (vitamines C et E) ont apporté des arguments en faveur d'un rôle protecteur des anti-oxydants nutritionnels contre la démence ou le déclin cognitif. L'un des rôles majeurs des anti-oxydants est de protéger le cerveau de la peroxydation lipidique à laquelle il est très sensible, en raison de sa richesse en acides gras poly-insaturés à longue chaîne, en particulier en DHA. Plusieurs études épidémiologiques ont observé une association inverse entre la fréquence de consommation de poisson et le risque de déclin cognitif, de démence ou de maladie d'Alzheimer. Les données biologiques confirment ces données alimentaires, avec un moindre risque de déclin cognitif chez les sujets dont les membranes des globules rouges ont les plus fortes teneurs en DHA (étude EVA). Dans l'étude 3C, une consommation régulière d'huiles végétales riches en oméga 3 (colza, noix) est associée à un moindre risque de démence alors qu'inversement la consommation d'huiles riches en oméga 6 (tournesol, pépins de raisin) est associée à un risque accru lorsqu'elle n'est pas compensée par une consommation régulière d'huiles oméga 3 ou de poisson.

Il existe encore très peu d'études d'intervention chez l'homme ayant évalué l'intérêt d'une supplémentation par la vitamine E, les folates ou les oméga 3 à longue chaîne sur le déclin cognitif ou la démence, et elles ont en général apporté des résultats décevants, sauf sur des sous-groupes ayant une atteinte cognitive modérée ou des apports alimentaires insuffisants. La recherche doit donc se poursuivre pour mieux identifier les mécanismes en jeu et les bénéficiaires potentiels, afin de mieux cibler les études d'intervention. Les recommandations du Programme National Nutrition et Santé de consommer au moins 5 fruits et légumes par jour, du poisson 2 fois par semaine, et de privilégier les huiles de colza, noix et soja pourraient également concourir à diminuer le fardeau du vieillissement cérébral pathologique.

Rôle de la Nutrition Néonatale sur le Développement Cérébral

Sébastien G. Bouret
Inserm U837, Centre de Recherche Jean-Pierre Aubert, Développement et Plasticité du Cerveau Postnatal, 59045 Lille, France & The Saban Research Institute, Neuroscience Program, Childrens Hospital Los Angeles and Keck School of Medicine, University of Southern California, Los Angeles, CA 90027 USA

A bstract
Brain development is influenced by a variety of environmental signals and circulating hormones exert widespread actions on formation of neural circuitry. Evidence accumulated primarily in mice specifically indicates that the adipocyte-derived hormone leptin is a key neurodevelopmental signal affecting the architecture of hypothalamic circuits mediating food intake and adiposity. Its acts directly on neurons in the hypothalamus to promote axon outgrowth during a discrete developmental critical period that coincides with the naturally occurring surge in leptin.
Accumulative evidence also suggests that alterations in perinatal nutrition (such as caloric restriction or overfeeding) during critical periods of pre- and postnatal development can predispose an individual toward obesity and associated diseases such as type 2 diabetes. To further study the neurodevelopmental changes associated with this metabolic imprinting, we developed a divergent litter size mouse model of perinatal overnutrition and undernutrition. Nutritional manipulation during lactation was associated with changes in the amplitude of the leptin surge during postnatal life and overall growth as revealed by a significant decrease and increase in preweaning body weight curve of neonatally underfed and overfed animals, respectively. In addition, both neonatally under- and overnourished animals develop insulin intolerance. Consistent with our findings in leptin-deficient mice, development of hypothalamic neural circuits appear abnormal in both neonatally underfed and overfed neonates.
Collectively,these data indicate that perinatal hormones (particularly leptin) represent key signals that program development of neural circuits involved in energy homeostasis. These data also show that early nutrition influences postnatal leptin secretion and suggest that it has long-term consequences on brain development and on metabolism.

Alimentation de l'enfant : les prises de position récentes du Comité de Nutrition de la Société Française de Pédiatrie

Dominique Turck
Hôpital Jeanne de Flandres et Faculté de médecine, Lille

Créé il y a une trentaine d'années, le Comité de nutrition de la Société française de pédiatrie * (Cnsfp) a pour objectif de favoriser une prise en charge nutritionnelle de qualité des nouveau-nés, nourrissons, enfants et adolescents : 1) en apportant des conseils dans le domaine de la nutrition pédiatrique à la Société française de pédiatrie (Sfp), qui représente l'ensemble des pédiatres exerçant en France, aux autres société scientifiques concernées par la santé de l'enfant, et aux différentes autorités de tutelles et agences officielles (Dgs, Dhos, Dgccrf, Afssa, Afssaps, Has, Inpes,…) ; 2) en publiant dans la revue " Archives de Pédiatrie ", organe officiel de la Sfp, des recommandations de portée clinique ou scientifique dans des domaines de nutrition pédiatrique chez l'enfant sain et l'enfant malade.
Les principales activités actuelles du Cnsfp sont représentées par la promotion de l'allaitement maternel, la lutte contre l'obésité, la prévention et la prise en charge diététique de l'allergie alimentaire, et la lutte contre la dérive des allégations non scientifiquement fondées concernant les préparations pour nourrissons et de suite. Le Cnsfp souhaite très vivement que se développe et s'amplifie au plus vite une diététique basée sur les preuves pour le bénéfice des enfants, de leurs familles et de l'ensemble des professionnels de la santé de l'enfant.
Le but de cette présentation est d'illustrer le travail récent du Cnsfp sur ces thématiques à partir de 4 publications récentes ou en cours de publication : le fascicule " Allaitement maternel : les bénéfices pour la santé de l'enfant et de sa mère ", publié conjointement en 2004 par le Ministère des solidarités, de la santé et de la famille et la Sfp dans le cadre du Programme national nutrition santé (Pnns) ; l'éditorial " La collation de 10 heures en milieu scolaire : un apport alimentaire inadapté et superflu " (Archives de Pédiatrie 2003 ; 10 : 945-7) ; l'éditorial et l'article intitulés respectivement " Préparations pour nourrissons et préparations et de suite : pour une commercialisation et une communication basées sur les preuves " (Archives de Pédiatrie 2007 ; 14 : 319-21) et " Diététique basée sur les preuves : que retenir pour la prescription d'une préparation pour nourrissons et d'une préparation de suite en 2007 ? (Archives de Pédiatrie 2007 ; 14 : 370-5) ; et l'article Alimentation des premiers mois et prévention de l'allergie (Archives de Pédiatrie, à paraître).

* Alain Bocquet (Besancon), Jean-Louis. Bresson (Paris), André Briend (Genève), Jean-Pierre Chouraqui (Grenoble), Dominique Darmaun (Nantes), Christophe Dupont (Paris), Marie-Laure Frelut (Paris), Jacques Ghisolfi (Toulouse), Jean-Philippe. Girardet (Paris), Olivier Goulet (Paris), Guy Putet (Lyon), Daniel Rieu (Montpellier), Jacques Rigo (Liège), Dominique Turck (Lille, coordonnateur), Michel Vidailhet (Nancy).

Intérêts et risques d'un enrichissement systématique des farines en acide folique

Dr Michel Vidailhet
Pédiatre
Professeur émérite de l'Université Henri Poincaré ( Nancy )
Membre du Conseil scientifique de l'Institut Danone et du Comité de nutrition de la Société Française de Pédiatrie

Résumé
De 1981 à 1996 différente études interventionnelles ont démontré l'efficacité préventive de l'acide folique, administré en période périconceptionnelle, vis-à-vis des défauts de fermeture du tube neural ( DFTN ) ; cette démonstration a d'abord été faite chez les femmes à risque ( ayant déjà eu un enfant atteint ), puis dans la population générale , avec des doses quotidiennes respectivement de 4 et 0,4 mg/jour. La non observance par les femmes, a priori non à risque, de ces recommandations ciblées ( difficiles à suivre en pratique en raison de la fermeture très précoce du tube neural 28 jours après la conception ) a conduit la FDA à conseiller à partir de mars 1996, puis à rendre obligatoire à compter de janvier 1998, l'enrichissement des farines en acide folique à la dose de 0,14mg/ 100g. Les mêmes mesures, appliquées un peu plus tard au Canada et dans d'autres pays comme le Chili, ont permis d'obtenir une amélioration du statut en folates de l'ensemble de la population et une réduction très significative des DFTN, s'accompagnant aussi d'une diminution de fréquence d'autres malformations et des accidents vasculaires cérébraux et coronaires dans la population plus âgée. Récemment cependant , en 2006-2007, différentes études ont attiré l'attention sur un risque plus élevé de cancers recto-coliques et de cancers du sein chez les personnes ayant des folatémies élevées et/ou consommant des suppléments d'acide folique. Une étude interventionnelle, randomisée, contrôlée, a montré qu'une supplémentation en acide folique chez des sujets porteurs d'adénomes coliques s'accompagnait d'une récidive d'adénomes en plus grand nombre et d'un pourcentage plus élevé d'adénomes à haut risque de cancérisation. Une étude plus récente a mis en évidence, aux Etats-Unis comme au Canada, une réascension du risque de cancer colorectal 1 an après la mise en route de l'enrichissement des farines en acide folique dans ces 2 pays. Enfin 2 études ont rapporté une détérioration des fonctions cognitives chez les personnes âgées , quand celles-ci avaient en même temps des taux plasmatiques de vitamine B 12 abaissés, ou quand elles ne consommaient pas parallèlement des suppléments de vitamine B 12. Ces travaux ne font que confirmer, pour les cancers, des mises en garde venant d'études expérimentales antérieures. Pour les fonctions cognitives, ils rappellent l'importance de la balance folates/vitamine B 12 au niveau du système nerveux.
En tout état de cause ils conduisent à remettre en question le bien fondé de la politique d'enrichissement systématique des farines en acide folique qui paraissait pourtant validée par les travaux publiés en Amérique du Nord pendant les 9 premières années ayant suivi sa mise en route. On est ainsi conduit à maintenir les seules recommandations pour une alimentation assurant le meilleur statut en folates possible chez les femmes en âge de procréer et pour une suppl émentation périconceptionnelle en acide folique commençant 8 semaines avant la conception ( en pratique dés l'arrêt de la contraception ) et s'arrêtant 8 semaines après celle-ci , malgré les grandes difficultés à obtenir , en pratique, leur application.

La nutri-épigénomique : Comment l'environnement, la nutrition, remodèlent nos épigénomes

Pr Claudine Junien
Inserm 781, Hôpital Necker-Enfants Malades, Paris

Mots clés. Epigénétique; Syndrome Métabolique; Nutrition; Rythmes circadiens; Programmation; Dimorphisme sexuel .

Résumé
Alors que la pandémie d'obésité et de diabète - associée aux excès d'apport énergétique et à la sédentarisation - progresse, la sousnutrition reste une double menace. Paradoxalement en effet la sousnutrition comme la surnutrition sont à l'origine d'une "malprogrammation" précoce voire ancestrale. Le phénotype de chaque individu, sa "vulnérabilité" et sa capacité à réagir à un moment donné, ne sont conditionnés par son héritage génétique qu'en partie seulement. En effet dès la conception, les gènes sont soumis à l'épreuve de l'environnement. Au cours du développement, à l'héritage génétique inscrit dans les gènes, vient s'ajouter une programmation par des processus épigénétiques - qui modulent de manière définitive ou transitoire l'expression spatiotemporelle des gènes sans modifier leur séquence. De manière concomittante, une multitude de facteurs environnementaux comme l'environnement intrautérin, aux effets délétères mais aussi protecteurs, interfèrent avec ces processus épigénétiques, eux-mêmes en interaction permanente avec le fond génétique, le dimorphisme sexuel et les rythmes circadiens. Ainsi, au cours du développement puis au cours de la vie l'environnement, dans toute sa diversité, devient l'indispensable " révélateur " d'une " vulnérabilité " latente à la fois innée et acquise. Le déchiffrage des marques épigénétiques et de leur éventuelle réversibilité par des outils épigénétiques appropriés représente une des clés vers de nouvelles démarches préventives.

 

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