|
TRAVAUX PRIMES
 |
GENETIQUE ET BIOLOGIE MOLECULAIRE |
"Etude
de l'importance d'UCP2 dans le métabolisme et la thermogenèse
induite par l'alimentation. Aspects biochimiques et génétiques"
Christophe FLEURY (CNRS / CEREMOD
- Meudon)
Prix de Projet de Recherche Alimentation et Santé 1997
Chez les mammifères, la réserve
énergétique des cellules (ATP) provient de l'oxydation
mitochondriale des molécules alimentaires. Le rendement énergétique
de chaque cellule dépend du couplage entre la synthèse
d'ATP et la respiration mitochondriale. La protéine découplante
UCP1 (UnCoupling Protein1), spécifique des adipocytes bruns thermogéniques,
dissipe une partie de l'énergie sous forme de chaleur par un
découplage entre la respiration cellulaire et la synthèse
d'ATP.
Le projet de recherche concernait l'étude
chez l'homme et l'animal d'UCP2, protéine découverte récemment
(1) grâce à des identités de séquence avec
la protéine UCP1 (59 % des acides aminés identiques).
La protéine UCP2 existe dans de nombreux tissus, dont l'intestin,
les tissus adipeux, les muscles, le cerveau et les cellules du système
immunitaire. Sa localisation chromosomique et la régulation de
son expression par les graisses alimentaires ont permis de proposer
un rôle d'UCP2 dans la thermogenèse induite par l'alimentation
ainsi que dans l'obésité (régulation du poids corporel).
Dans un premier temps, le rôle d'UCP2 dans la thermogenèse
associée à la prise d'aliments a été étudié
chez l'animal, in vivo et in vitro. Les méthodes d'études
in vivo sont classiques : effets de régimes et de situations
nutritionnelles particulières sur le niveau d'expression du gène
UCP2 dans différents tissus. Il ressort de ces études
que le niveau de l'ARN messager UCP2 dans le tissu adipeux diminue sous
l'effet du jeûne alors qu'il augmente lors de la réalimentation
ou dans le cas d'un régime hyperlipidique. A l'inverse, le niveau
d'expression d'UCP2 dans le muscle augmente en cas de jeûne, diminue
lors de la réalimentation mais ne varie pas lors d'un régime
hyperlipidique. Parallèlement à cette approche, l'effet
des acides gras et de certaines hormones sur l'expression d'UCP2 dans
des cultures de cellules adipocytaires a été analysé
: les acides gras libres et les ligands des PPAR (Peroxisome Proliferator
Activated Receptor) stimulent la transcription du gène. Le métabolisme
lipidique est donc étroitement lié au niveau d'expression
d'UCP2. Ces résultats sont en faveur d'un rôle de cette
protéine découplante dans la thermogenèse nutritionnelle.
Le clonage au laboratoire du promoteur des gènes UCP2 humain
et murin et leur caractérisation en cours permettront de mieux
comprendre les régulations de l'expression et d'identifier les
facteurs qui sont impliqués.
Des collaborations avec d'autres équipes
ont permis d'identifier des variants d'UCP2 chez l'homme, notamment
chez des patients obèses. Les différentes mutations observées
n'ont pas d'effet sur l'activité de la protéine, après
analyse fonctionnelle de ces variants UCP2 dans des levures. Le rapprochement
de la présence de mutations avec différents paramètres
biologiques chez l'homme a été entrepris pour mettre en
évidence une implication éventuelle d'UCP2 dans le métabolisme
de base ou l'obésité. A ce jour, les résultats
obtenus ne sont pas en faveur d'un rôle d'UCP2 dans le déterminisme
de l'obésité humaine. Toutefois, des études génétiques
en cours montrent une liaison génétique entre le locus
UCP2 et la valeur du métabolisme de base.
Une autre partie du projet concernait
la recherche de nouvelles UCPs, soit ubiquistes dans leur expression,
soit spécifiques de certains tissus. Les UCPs ont probablement
un rôle important dans le métabolisme énergétique
en général et dans le contrôle de l'efficacité
métabolique alimentaire en particulier. Deux nouvelles protéines
découplantes ont ainsi été clonée chez la
souris : UCP3 (2) (expression principalement musculaire) dont le gène
est adjacent au gène UCP2, et BMCP1 (exprimée préférentiellement
dans le système nerveux). L'analyse fonctionnelle en cours de
ces nouvelles UCPs ainsi que l'étude des régulations de
leur expression et de leur activité permettront de mieux comprendre
leur rôle biologique et leur implication dans le contrôle
du métabolisme, notamment l'effet de la modification des conditions
nutritionnelles sur la thermogenèse induite par l'alimentation.
(1) - Fleury et al. Nature Genetics 15
: 269-272 (1997).
(2) - UCP3 avait été auparavant identifiée chez
le rat et chez l'homme Boss et al. FEBS Lett. 408 : 39-42 (1997) ; Vidal-Puig
BBRC 235 : 79-82 (1997).
|