Dernière mise à jour le : 11 avril 2008 

TRAVAUX PRIMES

ALIMENTATION ET NUTRITION 

"Effets protecteurs possibles des composés naturels de l'ail vis-à-vis de la cancérogénèse".

Delphine HABER-MIGNARD (INRA, Dijon)
Prix de Recherche Alimentation et Santé 1994

Les sulfures d'allyle (le DAS -sulfure de diallyle- et le DADS -disulfure de diallyle) sont des composés que l'on trouve dans l'ail dont on a vanté les propriétés anti-cancéreuses. Delphine Haber-Mignard a montré chez le rat que ces composés ont la propriété de réduire certains cancers. Cette étude s'inscrit dans une voie de recherche très prometteuse, l'auteur soulignant la prudence avec laquelle il convient d'accueillir ses résultats puisqu'il s'agit d'un travail chez l'animal.

La première partie de son étude concerne l'influence des sulfures d'allyle sur les enzymes qui interviennent dans le métabolisme des xénobiotiques, ces substances présentes dans l'environnement ou dans notre alimentation, dont certaines peuvent être toxiques, voire cancérigènes.

Chez des rats ayant reçu des sulfures d'allyle dans leur nourriture, certaines enzymes hépatiques et intestinales qui participent à la détoxication des xénobiotiques (glutathion S-transférases, etc) sont stimulées et une enzyme impliquée dans l'activation de certains cancérigènes (monooxygénases à cytochrome P450 2E1) est inhibée.

Delphine Haber-Mignard met également en évidence que la dose et la durée d'administration des sulfures d'allyle doivent atteindre un seuil minimal pour pouvoir moduler le taux de ces enzymes (50 à 2000 parties par million - soit 2 mg pour 1 kg d'aliments - du régime et 1 à 4 jours d'administration selon le cas).

Mais prévient-on l'apparition de foyers cancéreux dans le foie des animaux soumis à l'action de certains cancérigènes comme l' aflatoxine ? Chez des rats qui ont subi un traitement par des cancérigènes, l'ingestion préalable de sulfures d'allyle provoque une réduction du nombre et de la taille des foyers prénéoplasiques, le DADS ayant un effet plus marqué que le DAS. Cette inhibition est vraisemblablement liée à l'action des sulfures d'allyle sur les enzymes du métabolisme de ces cancérigènes.

Le travail de Delphine Haber-Mignard vient donc s'ajouter aux études épidémiologiques montrant une corrélation inverse entre la consommation d'ail et l'apparition de certains cancers humains, même si une conclusion trop rapide sur d'éventuels effets chimioprotecteurs chez l'homme doit être proscrite : les doses de sulfures d'allyle administrées au Rat sont environ 200 fois supérieures à celles ingérées en moyenne par l'Homme.

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