"Relation
entre les habitudes alimentaires et l'état sanitaire d'une population
du Moyen Âge"
Estelle HERRSCHER (CNRS UMR 6569 - Paris)
Prix de Projet de Recherche Alimentation et Santé 1998
Le squelette, souvent seul témoin
biologique des populations passées, permet de restituer les grandes
tendances des régimes alimentaires du passé (carnée,
marine ou végétale) par les analyses isotopiques des éléments
carbone (13C) et azote (15N) contenus dans sa fraction protéique.
S'appuyant sur ces bases méthodologiques, le projet d'Estelle
Herrscher a répondu à un double objectif : appréhender
les tendances du régime alimentaire et étudier l'évolution
de l'alimentation au cours de différentes périodes de
la vie, d'une population médiévale provenant de la nécropole
de Saint-Laurent de Grenoble (Musée Archéologique de Grenoble,
Église Saint-Laurent). Il a alors été possible
d'analyser les relations existant entre régime alimentaire et
état sanitaire (données paléoépidemiologiques).
Trente individus adultes ont fait l'objet des analyses isotopiques.
Les résultats montrent l'exploitation d'un système écologique
de zone tempérée avec deux pôles alimentaires, l'un
végétarien et l'autre carné. Il n'apparaît
pas de différences significatives en fonction du sexe ou de la
période considérée. Pour le XIVème siècle,
un spectre réparti du pôle alimentaire végétarien
au pôle carné est observé. La stature est restée
homogène au cours des trois siècles consécutifs.
Les stress physiologiques sont plus fréquents au XIIIème
et XIVème siècle. Enfin, la diversité des pathologies
diminue du XIIIème au XVème siècle, avec un accroissement
du nombre de pathologies liées à des activités
physiques au XVème siècle.
Grâce à un protocole original fondé sur les processus
de maturation osseuse et de morphogenèse dentaire, Estelle Herrscher
a pu disposer de plusieurs prélèvements diachrones permettant
d'observer l'évolution du régime alimentaire au cours
des différentes phases de la vie. Cette expérience a pu
être menée sur 25 individus. L'analyse des 15 enfants (1
à 5 ans) montre une évolution du régime alimentaire
au cours de la période de sevrage. Chez les plus jeunes, on observe
un enrichissement en azote-15 caractéristique d'une prise d'alimentation
lactée. Vers 3 ans, une dynamique différente se met en
place qui aboutit à un appauvrissement en azote-15, révélateur
de la fin d'une prise alimentaire d'origine lactée. Des modifications
du régime alimentaire lié à un "phénomène
post-sevrage" ont également été mises en évidence
: les enfants âgés de 5 à 8 ans montrent un enrichissement
en azote-15, provenant probablement de l'introduction d'une alimentation
différente de celle utilisée pour le sevrage.
Menée conjointement à l'analyse paléoépidémiologique,
cette étude ouvre de nouvelles perspectives quant aux relations
pouvant impliquer modification du régime alimentaire et développement.