Dernière mise à jour le : 18 septembre 2008 

TRAVAUX PRIMES

ALIMENTATION ET NUTRITION 

"Comment améliorer l'alimentation des prématurés ?"

Catherine LE STUNFF (INSERM, Paris)
Prix de Projet de Recherche Alimentation et Santé 1992

La médecine sauve maintenant de plus en plus d'enfants nés dès la 23 ou 24ème semaine de grossesse, notamment grâce aux progrès réalisés dans le traitement des troubles respiratoires. Mais il reste encore beaucoup de choses à découvrir en ce qui concerne le métabolisme des bébés. On sait néanmoins que le sucre est très utile, surtout pour la construction du cerveau. In utero, le foetus en reçoit des apports continus alors qu'après sa naissance, l'enfant est soumis à une alimentation lactée, plutôt riche en graisse. Quant aux prématurés, ils sont nourris par perfusion þpuis par sonde avec du lait maternel ou un lait adapté, enrichi en protéines. On y ajoute du calcium et du phosphore.

L'être humain utilise le glucose de son alimentation ou le fabrique à partir des protéines. C'est la gluconéogénèse. Ce mécanisme se met en route à la naissance. Et pour éviter de dépenser tout le stock de glucose, des produits de remplacement - les corps cétoniques - sont fabriqués par l'organisme à partir des acides gras dès que cela devient nécessaire. Ils sont utilisables par le cerveau. Cette cétogénèse démarre immédiatement chez les enfants nés à terme.

Catherine Le Stunff voulait savoir si la cétogénèse commence aussi dès la naissance chez les petits prématurés bien qu'ils ne disposent pratiquement pas de réserves de graisse. Pour cela, elle a mesuré - grâce à des marqueurs particuliers - les corps cétoniques produits par leur organisme. Elle a ainsi montré que la cétogénèse existe chez les prématurés. Mais, tout comme la glucogénèse, elle n'est pas suffisante. Ces études ont aussi permis de découvrir que, chez l'enfant né à terme et à jeun depuis sept heures, la production de corps cétoniques est équivalente à celle d'un adulte privé d'alimentation depuis trois jours. On ne peut extrapoler sur la sensation de faim, mais qui sait ...

Ces travaux sont d'un intérêt primordial. Ils sont uniques au monde. Certes, on ne peut en déduire des applications pratiques immédiates concernant l'alimentation des petits prématurés (faut-il les nourrir en continu, leur donner une alimentation sans lipides ou leur perfuser des corps cétoniques ?). Mais ces résultats ouvrent un champ immense dans un domaine d'une importance capitale, celui de la nutrition du cerveau au tout début de la vie.

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