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TRAVAUX PRIMES
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PHYSIOLOGIE ET METABOLISME |
"Utilisation
oxydative des acides gras dans le tissu musculaire chez l'homme âgé
en fonction de l'activité physique"
Béatrice MORIO (Laboratoire
de Nutrition Humaine - Clermont-Ferrand)
Prix de Projet de Recherche Alimentation et Santé 1997
La diminution de la masse musculaire
et l'augmentation de la masse grasse sont des phénomènes
physiologiques apparaissant avec l'âge, de façon quasi
inéluctable. Outre le désagrément que cela peut
entraîner, cette observation pose une véritable question
de physiologie musculaire. Comment expliquer qu'à apport énergétique
égal, une personne de plus de 60 ans stocke plus de graisses
que si elle avait 20 ans de moins ? On pourrait penser que le gain de
masse grasse est associé à la perte de masse musculaire,
qui entraînerait un défaut d'utilisation des lipides. Leur
stockage dans la masse grasse serait ainsi favorisé. Mais l'explication
de ce phénomène ne semble pas si simple. Un élément
de réponse a été apporté par des études
menées au Laboratoire de Nutrition Humaine sur la personne âgée,
mettant en évidence une diminution de l'oxydation des lipides
au niveau du corps entier par rapport aux jeunes adultes. Ce défaut
d'utilisation des lipides ne serait pas uniquement associé à
la réduction de la masse maigre mais pourrait être également
la conséquence d'une modification de l'activité métabolique
de la masse musculaire. La pratique d'une activité physique régulière
pourrait corriger ce défaut, puisque quelques études ont
montré une stimulation de l'oxydation des lipides au cours d'un
entraînement physique chez la personne âgée. Cependant,
les adaptations au niveau cellulaire sont encore inconnues.
C'est sur ce point précis que
s'est penchée Béatrice Morio, dans une étude conjuguant
deux approches expérimentales. Tout d'abord, dans une étude
transversale, elle a comparé les caractéristiques physiologiques
de dix huit sujets sains, âgés de 60 à 75 ans, séparés
en trois groupes (sédentaires, actifs et entraînés)
selon des critères précis. Les paramètres physiologiques
suivants ont été mesurés : bilan bioénergétique,
sensibilité à l'insuline, composition corporelle, bilan
sanguin. De plus, une biopsie musculaire a permis de comparer dans les
trois groupes la capacité réelle des mitochondries et
des péroxisomes à oxyder les acides gras, et l'activité
maximale des enzymes clés de l'oxydation des acides gras dans
le muscle. Les sujets entraînés ont une oxydation péroxysomale
des acides gras supérieure à celle des sujets actifs et
sédentaires. En revanche, l'oxydation mitochondriale est comparable
entre les 3 groupes. L'oxydation totale des acides gras (c'est à
dire l'oxydation mitochondriale et péroxysomale) tend à
être supérieure chez les sujets entraînés
et actifs par rapport aux sujets sédentaires. Celle-ci est positivement
corrélée à l'activité maximale d'une enzyme
clé de la ß-oxydation mitochondriale : la ß-hydroxy-acyl-CoA
deshydrogénase (HAD). Ces résultats suggèrent que
le niveau d'activité physique module les voies métaboliques
de l'oxydation des acides gras dans le tissu musculaire, ce qui pourrait
participer à une différence d'oxydation des lipides au
niveau du corps entier. Ceci pourrait favoriser une balance lipidique
positive chez les sujets sédentaires et le développement
d'une masse grasse plus importante chez ces personnes.
Dans une étude longitudinale, Béatrice
Morio a observé la réponse de ces différents paramètres
à l'entraînement physique de ces personnes sur 8 semaines
(à raison de 3 séances de vélo par semaine). Les
résultats ont mis en évidence un effet stimulant de l'entraînement
physique sur l'oxydation péroxysomale des sujets sédentaires
et actifs, mais non chez les sujets entraînés. En revanche
l'oxydation mitochondriale n'a été altérée
de façon significative dans aucun des groupes. Ainsi les différences
d'oxydation totale entre les 3 groupes ont-elles été estompées.
L'ensemble de ces résultats confortent
l'intérêt du maintien de l'activité physique chez
le sujet âgé. La participation de l'activité physique
à l'équilibre de la balance lipidique chez le sujet âgé
mérite encore d'être explorée
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