|
TRAVAUX PRIMES
 |
GENETIQUE ET BIOLOGIE MOLECULAIRE |
"Lipides
et cancer du sein : les acides gras polyinsaturés modulent-ils
l'expression des gènes impliqués dans la cancérogenèse
mammaire ?"
Landy RAZANAMAHEFA (INRA - Jouy-en-Josas)
Prix de Projet de Recherche Alimentation et Santé 1997
Au cours de ces quarante dernières
années, le cancer du sein est devenu un véritable problème
de santé publique. Les principaux facteurs de risque identifiés
sont les antécédents familiaux de cancer du sein, les
facteurs liés à la vie génitale (puberté,
maternité, ménopause) et les facteurs alimentaires. Différents
types d'études épidémiologiques et expérimentales
sur des animaux ont mis en évidence l'implication des lipides
alimentaires, et en particulier des acides gras poly-insaturés
(AGPI) dans le cancer du sein : les AGPI de la série n-6 sont
associés à un risque accru de cancérogenèse
mammaire tandis que les AGPI de la série n-3 exercent un effet
protecteur.
Landy Razanamahefa a étudié
les effets et les mécanismes d'action des AGPI des séries
n-6 et n-3 au niveau cellulaire et moléculaire, sur des modèles
de cellules tumorales mammaires humaines en culture. Des effets distincts
ont été observés sur la prolifération cellulaire
évaluée par la méthode d'incorporation de la thymidine
tritiée. Ainsi, seul l'acide arachidonique (20:4 n-6) stimule
de façon significative la prolifération cellulaire. L'étude
des mécanismes d'action de cet acide gras a mis en évidence
une augmentation de la proportion des cellules en phase S du cycle cellulaire,
analysé par cytométrie de flux. Ces événements
sont associés à une augmentation du taux d'ARN messager
de la cycline D1 (oncogène impliqué dans le contrôle
du cycle cellulaire et souvent surexprimé dans les cancers mammaires).
L'utilisation d'inhibiteurs spécifiques de la synthèse
des eicosanoïdes suggère que l'acide arachidonique emprunte
la voie des eicosanoïdes (ses principaux métabolites) pour
exercer ses effets.
En revanche, aucun effet des AGPI sur
l'expression du gène de la synthase des acides gras (gène
FAS, marqueur de mauvais pronostic souvent surexprimé dans les
cancers du sein) n'a été mis en évidence dans les
trois lignées tumorales mammaires étudiées, alors
que le taux d'ARN messager FAS est significativement augmenté
sous l'action de l'insuline.
Ces travaux mettent en évidence,
pour la première fois, la capacité de l'acide arachidonique
d'accroître l'expression du gène de la cycline D1 et de
stimuler ainsi la croissance tumorale mammaire. Ils permettront d'orienter
de futures études expérimentales et épidémiologiques
sur l'acide arachidonique et ses dérivés, pour de nouvelles
perspectives en matière de prévention nutritionnelle du
cancer du sein.
|