"Génétique
de la sensibilité du nourrisson et de la protection par le lait
maternel aux gastro-entérites à virus de type Norwalk"
Séverine MARIONNEAU-LAMBOT,
INSERM U 419, Nantes
Prix de projet de Recherche Alimentation et santé 2002
Les virus de type Norwalk (NV) sont
responsables d'épidémies de gastro-entérites. Ils
agissent en se fixant sur les cellules épithéliales digestives,
par l'intermédiaire du trisaccharide H type 1 de la famille des
groupes sanguins tissulaires. Cet antigène est également
présent sous forme soluble dans le lait maternel et pourrait
servir d'inhibiteur de la fixation du virus.
La fixation des particules virales sur
l'antigène nécessite la présence d'un résidu
fucose en liaison a2 sur les glycannes membranaires. Ce transfert est
réalisé par une fucosyltransférase dont le gène
FUT2 présente un polymorphisme avec plusieurs mutations inactivantes.
Environ 20% des individus d'origine européenne sont déficients
en enzyme FUT2 et de ce fait insensibles à la gastroentérite
induite par le virus NV.
Par ailleurs, le niveau d'expression du glycanne récepteur dépend
d'au moins deux autres gènes : FUT3 et ABO dont de nombreux allèles
sont inactifs. FUT3 code pour une a3/4-fucosyltransférase qui
catalyse le transfert d'un second fucose sur le motif H type 1. Les
allèles A et B du gène ABO codent pour deux enzymes permettant
l'ajout d'une N-acétylgalactosamine ou d'un galactose sur le
trisaccharide H type 1. Le transfert de ces 3 types de résidus
contribue à masquer l'accessibilité au récepteur.
Il s'avère donc probable que la compétition entre les
produits des allèles FUT2, FUT3, A et B module la quantité
de récepteur disponible pour le virus. De ce fait, la sensibilité
des enfants au NV dépendrait de leur génotype combiné
aux loci FUT2, FUT3 et ABO. De façon similaire, la protection
conférée par le lait maternel devrait dépendre
du génotype maternel à ces trois loci.
Pour tester cette hypothèse, le
suivi épidémiologique des gastroentérites chez
300 nourrissons allaités a été réalisé,
au Mexique, sur une période de deux ans. Séverine Marionneau-Lambot
recherchera plus particulièrement des polymorphismes des gènes
FUT2, FUT3 et ABO chez les mères et leurs enfants par la méthode
du " SNaPshot " à partir d'ADN génomique extrait
de cellules épithéliales de la bouche. Ces gènes
s'exprimant également dans les glandes salivaires, les glycannes
correspondants sont retrouvés sur les glycoprotéines de
la salive. Le génotype pourra ainsi être confirmé
par identification de ces glycannes salivaires par technique ELISA.
La capacité du lait de ces mères à inhiber la fixation
du virus sur son récepteur sera quantifiée et corrélée
à la présence d'antigène H type 1.
La confrontation de ces résultats
aux données épidémiologiques permettra d'identifier
si les oligosaccharides du lait maternel protègent effectivement
les nourrissons des gastro-entérites dues au NV.