 Tribune
Prévention de la carence en vitamine D
Entre 1960 et 1990, l'incidence du rachitisme carentiel était
passée, en France, chez les enfants hospitalisés, de 20% à 0,67%.
Cette réduction apparemment satisfaisante, ne pouvait être considérée
comme suffisante, comparativement aux résultats obtenus aux USA et
au Canada où le rachitisme était devenu rarissime. Le dosage
de la 25 (OH) D permettait d'ailleurs de constater que le statut vitaminique
des nourrissons français n'était pas convenable (taux inférieurs à 6
ng/ml chez 14% d'entre eux en hiver). Autorisée en 1992,la supplémentation
des laits pour nourrissons entraîne enfin aujourd'hui un effondrement
de l'incidence du rachitisme : on n'en observe plus à Lyon, ni à Rouen,
ni à Nancy alors qu'il s'agit de villes où cette incidence était
préoccupante en 1990. Chez l'adolescent aussi, plusieurs études
ont montré des réserves faibles en vitamine D avec des taux
inférieurs à 10 voire 6 ng/ml, en hiver. Or il est important
d'obtenir à cet âge une densité minérale osseuse
maximale pour éviter ostéoporose et fractures plusieurs décennies
plus tard. Chez la femme enceinte, un mauvais statut vitaminique D est en
cause dans beaucoup d'hypocalcémies néonatales ; la supplémentation
maternelle réduit la fréquence de ces hypocalcémies.
Enfin, chez les personnes âgées de nombreux travaux, dont ceux
de CHAPUIS et Coll en 1992, ont montré l'intérêt d'une
supplémentation vitaminique D pour prévenir la survenue des
fractures du col du fémur. Au total, la nécessité d'une
supplémentation vitaminique D est admise chez le jeune enfant, l'adolescent,
la femme enceinte et les personnes âgées. Se pose dès
lors le bien fondé d'une législation qui interdit toute supplémentation
des aliments en vitamine D à l'exception des laits pour nourrissons.
Ne conviendrait-il pas d'autoriser la commercialisation de laits et de laitages
supplémentés, voire d'autres aliments, pour ces populations
ayant des besoins nutritionnels particuliers ? La question se pose même
de savoir s'il ne conviendrait pas, comme aux U.S.A. et au Canada, d'autoriser
une supplémentation de l'ensemble des laits et des laitages afin d'assurer
un statut vitaminique D satisfaisant à l'ensemble de la population.
Cette attitude raisonnable se heurte malheureusement, chez le législateur,
au souvenir d'hypercalcémies infantiles décrites par Lightwood,
en Angleterre, dans les années 50, alors que des apports très
anormaux de vitamine D étaient réalisés par supplémentation
excessive et cumulative d'aliments, de laitages et de tablettes vitaminées.
Ne faudrait-il pas aujourd'hui revenir à plus de raison et supplémenter
l'ensemble des laits et des laitages selon les limites proposées par
le Codex Alimentarius ?
Nutritionniste-endocrinologue Professeur M. VIDAILHET
Hôpital d'Enfants
C.H.U. de Nancy |