 Tribune
Le petit déjeuner : premier repas, premier bonheur
"Petit", ce premier repas qui casse le jeûne
nocturne, l'est souvent devenu dans notre culture française urbanisée
où la plupart des individus ont une ration énergétique
suffisante.
Avantage ? Inconvénient ? Faut-il en stigmatiser l'absence ou l'insuffisance
? En critiquer la composition typique (souvent limitée à des
hydrates de carbone d'absorption rapide), notamment chez l'enfant et l'adolescent
? Faut-il "recommander" avec insistance la consommation de tel
ou tel type de produits?
C'est selon. Ici, pas plus que dans les autres domaines de la nutrition,
le dogmatisme n'est de bon aloi car les situations et les besoins de chacun
sont divers.
Le bon sens conduit donc à estimer qu'il vaut mieux prendre un petit
déjeuner que de s'en passer totalement ou presque. Et si l'on "petit
déjeune", qu'il vaut mieux ne pas se cantonner aux boissons sucrées,
au pain et à la confiture (car certains feront des hypoglycémies
dans la matinée) ; qu'il vaut mieux faire un repas complet même
léger, c'est à dire associer protéines, hydrates de
carbone et lipides ; que les apports quotidiens minimaux en calcium (dont
dépend la solidité du squelette) ne peuvent être atteints
(pour beaucoup) sans une bonne ration d'un produit laitier (du lait jusqu'au
fromage) ; qu'il en va de même pour les vitamines (fruits ou jus) ;
que les céréales (fibres), croustillantes ou non, n'ont jamais
fait de mal à personne; qu'il n'est pas nécessaire de manger
deux oeufs au bacon nageant dans la graisse.
Pour ceux qui disent ne pas avoir "faim" le matin, qu'ils se rappellent
que la faim est une sensation apprise et conditionnée (qu'ils s'entraînent
!), qu'ils ont peut-être trop dîné ou trop tard..., que
s'ils pensent qu'ils n'ont pas le temps, peut-être ne se sont-ils pas
levés assez tôt. Tout autant qu'un facteur d'équilibre
nutritionnel, le petit-déjeuner pourrait être un élément
du plaisir de vivre !
Professeur Bernard GUY-GRAND
Chef du service de médecine et nutrition
Hôtel-Dieu - Paris |