 Tribune
Anorexie, Boulimie : le rôle du praticien
Bien avant l'intervention des spécialistes endocrinologues,
psychiatres et nutritionnistes qui se querellent et revendiquent pour leur
discipline le traitement de ces troubles graves du comportement alimentaire
que sont "l'anorexie mentale" et la "boulimie", le médecin
praticien à un rôle important à jouer. Le dossier développé dans
ce numéro l'aidera à situer les enjeux.
Rôle de dépistage d'abord, qui n'est pas le plus facile : l'anorexie
volontaire est loin d'avoir, au début, l'allure caricaturale des descriptions
classiques qui l'avaient fait rattacher à l'hystérie ; modeste
déniée bien sûr, elle peut prendre l'allure rationnelle
d'un régime restrictif un peu trop marqué chez une adolescente.
Le comportement boulimique (qu'il ne faut pas confondre avec grignotage et
compulsions) est très souvent solitaire, échappe au regard
des autres et se masque derrière de banales demandes "d'apprendre" à mieux
se nourrir.
Il importe ensuite, sans "dramatiser", de comprendre qu'il existe
un conflit qui ne trouve pas sa solution ; que cette adolescente a besoin
d'aide ; qu'elle est peut-être déprimée malgré les
apparences ; qu'un espace de parole en toute confiance avec son médecin
peut-être salutaire ; que l'on risque de l'aggraver en négligeant
le symptôme aussi bien qu'en étant trop directif ; que le psychiatre
ou le psychologue peut parfois obtenir une résolution du symptôme
par des interventions brèves.
Le pronostic est bien meilleur si l'on a pu s'en occuper plus tôt, avant
qu'une dénutrition grave n'oblige à des mesures coercitives,
ou qu'un "enkystement" et une chronicisation rendent aléatoire
le succès d'interventions psychiatriques lourdes.
Au carrefour du somatique, du psychique et du social, le comportement n'appartient
en propre à aucune de ces sphères mais à toutes en même
temps : c'est peut-être pour cela que le médecin à souvent
du mal à s'y reconnaître... Ses patients aussi.
Professeur Bernard
GUY-GRAND
Service de Nutrition |