 Tribune
Végétarisme et végétalisme
Depuis
les pythagoriciens qui refusaient de consommer de la chair animale
parce que l'âme humaine pouvait s'y réincarner, ce refus
a fait son chemin au nom de principes éthiques, religieux ou philosophiques,
parfois au nom d'une certaine mode et trop souvent encore pour des raisons économiques.
Le végétalisme exclut tout produit d'origine animale et
des carences apparaissent en particulier pour le fer, la riboflavine,
les vitamines D et B12 et le calcium. Le végétarisme exclut
la chair animale en conservant le lait et/ou les Ïufs : lorsque
les règles de base d'une alimentation équilibrée
sont respectées avec des apports protéiques suffisants,
les carences sont rares voire absentes.
Il n'y a pas de carence en fer chez les végétariens et
chez certains végétaliens à l'exception des enfants "macrobiotiques" avant
6 ans. Les aliments d'origine végétale sont riches en fer
non héminique dont la biodisponibilité est améliorée
par l'excédent de vitamine C. L'alimentation végétarienne
fait une place importante aux fruits, aux légumes et légumineuses,
aux céréales complètes et aux oléagineux
; les apports en graisses animales sont moindres que chez les omnivores.
Beaucoup de travaux épidémiologiques sur les maladies cardiovasculaires
et certains cancers attribuent des effets délétères
aux graisses animales et des effets bénéfiques à l'alimentation
végétarienne. Des travaux ont montré que l'augmentation
relative de la consommation de produits végétaux et
la diminution relative des produits animaux diminuaient le risque
coronarien.
Les végétariens ont une pression artérielle plus
basse que les omnivores même lorsque les sujets des deux populations étudiées
ont une hygiène de vie identique.
Les grands consommateurs de légumes ont un risque relatif réduit
de cancer du colon.
Si manger moins de graisses d'origine animale, plus de légumes
et de fruits est un élément favorable pour la santé,
il y a trop peu d'études prospectives, trop peu d'études
cas-témoin et un trop grand nombre d'études contradictoires
pour affirmer que l'alimentation végétarienne est bénéfique
pour la santé, en soi et/ou par le style de vie qui l'accompagne
souvent.
Il n'y a pas qu'un seul bon modèle alimentaire, fût-il ou non
végétarien.
Différents modèles ont prouvé leur efficacité sur
la santé avec ou sans aliments comportant de la chair animale.
Restons réticents vis-à-vis du "tout végétal" mais
reconnaissons que l'alimentation végétarienne pourrait être
favorable à la santé, y compris chez l'enfant : d'abord parce
qu'elle apporte au quotidien fruits, légumes, légumineuses
et oléagineux et ensuite parce qu'un grand nombre de ses adeptes ont
une activité physique régulière, ne fument pas et
ne consomment pas trop d'alcool.
Pr Fernand LAMISSE
Service de Médecine A et Laboratoire de Nutrition
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