 Tribune
L'avenir de l'agriculture biologique
Toujours controversée, l'agriculture biologique est
cependant aujourd'hui dotée d'un statut et officiellement reconnue,
en France et en Europe. Elle répond aux goûts d'une clientèle,
et à un marché en expansion.
L'agriculture biologique repose sur un postulat : produire "sain" suppose
de privilégier des produits et des mécanismes naturels aux
dépens des substituts de synthèse. Les pratiques agricoles
en sont transformées : projet, application contrôlée
d'un cahier des charges, moyens mis en oeuvre et respect de l'environnement
les différencient de celles de l'agriculture conventionnelle.
Personne n'est encore parvenu à démontrer "scientifiquement" des
différences de qualité notables entre produits biologiques
et produits conventionnels. Cela ne veut pas dire qu'il n'y en ait pas :
l'agriculture biologique a été trop longtemps jugée
sur un mode inquisitorial, avec des critères correspondant au modèle
dominant. En général, à qualité de production
au moins équivalente, cette discipline limite les risques de résidus
et de pollutions. Les plus sceptiques devraient donc lui laisser largement
le bénéfice du doute.
Cette option peut-elle devenir prédominante dans l'agriculture française
? Actuellement, c'est peu probable. Plusieurs facteurs limitants s'y opposent
: variétés et races disponibles, technologies et pratiques,
productivité, organisation de la profession, commercialisation...
S'y ajoutent des inerties culturelles et un profond déficit de recherche.
Cependant, le paysage agricole français est en pleine évolution.
L'agriculture biologique se développe et n'est plus réservée à des
agriculteurs marginaux. Des crises comme celle de la filière bovine
pourraient accélérer le processus. Un effort de recherche (même
bien moindre que celui réalisé par l'agriculture conventionnelle)
et la volonté des acteurs économiques contribueraient à lever
les blocages. Le développement de recherches comparant l'agriculture
biologique à l'agriculture conventionnelle, en termes de bénéfices
nutritionnels et de sécurité alimentaire, serait un grand pas
en ce sens.
En définitive, l'agriculture biologique devrait continuer à se
développer. Elle correspond à une aspiration du consommateur.
Il convient aux industriels et aux distributeurs d'en mesurer les enjeux.
Cette situation favorable pourrait bien lui fournir des moyens financiers
et techniques pour confirmer que produire autrement, c'est aussi produire
meilleur et plus sain. Consommateurs et agriculteurs devraient s'y retrouver.
Patrick
Legrand
Secrétaire Général de la Délégation à l'environnement
de l'INRA |