LES PROCÉDÉS DE CONSERVATION
DES ALIMENTS
L'homme a toujours cherché des moyens de conserver
les denrées alimentaires pour assurer sa survie en période
de disette. Aux premières et simples méthodes de conservation
(le séchage), ont succédé les techniques de
salaison, la conservation par le sucre (les confitures) et la fermentation
(vin, fromage, choucroute...). Au siècle dernier sont apparues
la conservation par la chaleur et plus récemment par le froid
avec le développement des installations frigorifiques. Ces
différents procédés ont chacun leurs avantages
en termes de praticité et de qualité nutritionnelle.
I
- LA CONSERVATION PAR SÉCHAGE
A
- La déshydratation
Dès la plus haute antiquité, des grains, des fruits, des viandes,
des poissons ont été séchés au soleil. Plus tard
le séchage a été effectué dans des fours. Aujourd'hui,
les denrées sont déshydratées par différentes techniques
: séchoirs à air chaud, rampe infrarouge, cylindres chauffants,
fluidisation (passage de gaz chauds à travers une grille plaque). Le but
de la déshydratation est d'éliminer suffisamment d'eau du produit
pour empêcher le développement de micro-organismes et bloquer l'activité enzymatique.
Les produits obtenus (lait en poudre, céréales, fruits secs) se
conservent à température ambiante quand ils sont conditionnés
dans des emballages les protégeant de l'humidité. Les techniques
actuelles de déshydratation permettent de conserver les qualités
nutritionnelles des denrées alimentaires. Néanmoins les nutriments
fragiles à la chaleur comme certaines vitamines peuvent être partiellement
détruits : pour certains produits (petits déjeuners secs), une
supplémentation permet un rééquilibrage.
B - La lyophilisation
Les lyophilisations autrefois appelée cryodessication, a été découverte
par les physiciens français d'Arsonval et Bordas. Elle consiste en une
congélation, une mise sous vide, puis une sublimation de la glace et une
désorption de l'eau intracellulaire. Cette technique permet d'obtenir
un produit sec en préservant forme, dimension, couleur et surtout qualités
organoleptiques de l'aliment frais. Les nutriments, même les plus fragiles,
sont bien conservés. La lyophilisation donne des produits de qualité se
réhydratant correctement, mais reste d'un prix de revient élevé,
et donc réservée à certaines applications comme le café soluble,
certains potages instantanés et l'alimentation de personnes en conditions
extrêmes (astronautes, alpinistes...).
C - Le salage fumage
Autre procédé de conservation traditionnel : le salage fumage.
Selon les cas, les deux techniques sont ou non associées : tous les produits
fumés sont préalablement salés, alors que les produits salés
peuvent être non fumés. En diminuant l'activité bactérienne
liée à la présence d'eau, le salage fumage freine ou bloque
le développement microbien. Cette technique est essentiellement utilisée
en charcuterie et pour la conservation de certaines espèces de poissons
(hareng, saumon...). Longtemps empiriques, ces procédés ancestraux
ont causé dans le passé des intoxications graves (botulisme). Aujourd'hui,
ils sont efficacement maîtrisés par le respect de strictes règles
d'hygiène de fabrication.
Suivant le degré de salage et/ou de fumage, les produits se conservent à température
ambiante (jambon sec, hareng saur...) ou au froid positif (saumon fumé,
jambon...), pendant quelques semaines à plusieurs mois. Les protéines,
les glucides et les lipides peuvent être modifiés par la maturation
engendrée par le salage ou le fumage. La teneur élevée
en sel de certaines salaisons explique leurs contre-indications.
II
- LA CONSERVATION PAR LA CHALEUR
Cette
méthode de conservation consiste à détruire
par la chaleur des micro-organismes contenus dans les denrées
alimentaires, et à conditionner ces dernières dans
un emballage étanche pour éviter les recontaminations
microbiennes ultérieures.
TENEUR
APPARENTE EN FIBRES TOTALES DES LEGUMES
Comparaison entre différents végétaux crus et après
appertisation


L'appertisation
transforme les fibres: une partie de celles-ci n'est alors plus détectée
par les dosages classiques
Tableau 1
Le
traitement thermique peut être effectué soit sur le
produit conditionné soit sur le produit en vrac, suivi alors
d'un conditionnement aseptique. On distingue la pasteurisation et
l'appertisation, qui diffèrent par la température maximale
appliquée et la durée du traitement.
A - La pasteurisation
Elle porte les produits traités à des températures entre
+70 et +100°C, afin de détruire les flores bactériennes thermosensibles.
Les produits pasteurisés sont de bonnes qualités organoleptiques.
Les macro-nutriments sont bien conservés ainsi que les vitamines.
Néanmoins, en raison de la présence d'une flore résiduelle,
les produits pasteurisés doivent être conservés au froid
positif (entre +3 et +6°C), ce qui limite leur développement et leur
utilisation (respect de la chaîne du froid et durée de vie courte).
B - L'appertisation
Cette technique découverte par Nicolas APPERT vers 1810, porte les produits à plus
haute température (+115 à +140°C) que la pasteurisation. Elle
détruit toutes les flores bactériennes, permettant ainsi une conservation à température
ambiante et une durée de vie longue.
Les produits appertisés sont conditionnés en boîtes métalliques
ou en bocaux de verre pour les conserves appertisées classiques, en barquettes
et briques pour les produits les plus récents.
TENEUR
EN ACIDES AMINÉS
en % de la teneur en protéine
Conserves appertisées de poisson et de viande avant et après
appertisation
Tableau
2
| ACIDE
AMINÉ |
CHAIR
DE POISSON AU NATUREL |
JAMBON |
| CRU |
CONSERVÉ |
CRU |
CONSERVÉ |
Isoleucine
Leucine
Lysine
Méthionine
Phénylalanine
Thréonine
Tryptophane
Valine |
5,6
8,0
9,0
3,1
3,8
5,1
1,1
5,3 |
5,6
8,1
9,1
3,0
3,9
5,2
1,0
5,4 |
4,6
7,8
8,5
2,5
3,9
4,4
0,9
5,1 |
4,6
7,6
8,0
2,3
3,7
4,1
0,9
4,9 |
L'appertisation
a évolué ces dernières décennies vers
des traitements thermiques haute température/temps court qui
permettent une bonne préservation des fibres (Tableau 1),
des nutriments (Tableau 2) et plus particuliérement des vitamines
thermosensibles comme la vitamine C. Les conserves appertisées
sont des produits de grande consommation, pratiques d'emploi, faciles à conserver
(pas de contraintes de température) couvrant une grande gamme
de denrées (légumes, fruits, viandes, poissons, plats
cuisinés...).
Pour les liquides, le chauffage peut être réalisé par passage
de quelques secondes dans un courant de vapeur surchauffée, suivi d'un
refroidissement sous vide (produits appelés UHT : Ultra Haute Température).
Parfois appelée upérisation, elle est utilisée pour le lait
et les liquides alimentaires.
III
- LA CONSERVATION AU FROID
La
conservation au froid, pratique très ancienne, s'est répandue
au début du XXème siècle avec le développement
des techniques de production du froid artificiel. On distingue la
réfrigération et la congélation/surgélation.
A - La réfrigération
Elle freine le développement des principales bactéries pathogènes
par entreposage des denrées à +3°/+4°C. La réfrigération
retarde de quelques jours l'évolution d'une denrée périssable
et permet d'allonger la durée de distribution des produits frais (produits
laitiers, viandes, poissons, fruits et légumes). La réfrigération
est aussi utilisée à grande échelle pour conserver des fruits
(pommes, poires) plusieurs mois dans les stations fruitières.
Une bonne conservation implique que la charge microbienne soit la plus faible
possible. Elle nécessite donc des conditions de fabrication, de préparation
et de stockage hautement hygiéniques afin d'éviter les contaminations
(listeria, salmonelles).
La conservation au froid de certaines denrées a été améliorée
ces dernières années par l'utilisation de gaz dans l'emballage.
On parle alors "d'atmosphère modifiée". Ces mélanges de
gaz (gaz carbonique, azote...) limitent l'évolution de certains produits
crus en ralentissant la respiration des végétaux (légumes
et fruits dits de IVème gamme) et l'oxydation des viandes. Pour les produits
cuits, ces mélanges de gaz, réduisant les phénomènes
d'oxydation, peuvent freiner certaines altérations dues aux micro-organismes.
Cependant, il est important de rappeler que l'utilisation isolée des atmosphères
contrôlées ou de la mise sous-vide des denrées ne peut à elle
seule assurer la conservation, certaines bactéries pathogènes (Clostridium
botulinum) se développant en l'absence d'oxygène. Dans tous les
cas, ces produits doivent être maintenus au froid.
B - La surgélation
La surgélation consiste à abaisser très rapidement la température
d'une denrée en deçà de -18°C, pour bloquer l'activité microbienne.
L'abaissement rapide à -40°C dans des cellules de refroidissement
ou des surgélateurs, entraîne la formation de très petits
cristaux de glace où se conserve la structure cellulaire des produits.
Cependant les étapes préalables à la surgélation
(blanchiment notamment) occasionnent une perte en vitamines (Tableau 3). Les
produits surgelés peuvent se conserver à -18°C pendant plusieurs
mois (voire une année) sans modification notable des nutriments. Toutefois,
pour certaines denrées d'origine animale, la présence d'une activité résiduelle
des enzymes peut causer le rancissement des matières grasses au stockage.
Ce mode de conservation est aujourd'hui très répandu dans les pays
développés, pour sa praticité et la grande variété de
produits disponibles (fruits, légumes, viandes, poissons, plats cuisinés,
boulangerie-pâtisserie...). Il implique un strict respect de la chaîne
du froid (-18°C de la fabrication à la consommation).
TAUX
DE RÉTENTION VITAMINIQUE MOYEN DES LÉGUMES VERTS
(pourcentage du taux initial)
Tableau
3
| VITAMINES |
CUISSON
MÉNAGÈRE A L'EAU |
APPERTISATION
(produit prêt à consommer) |
SURGÉLATION
(produit prêt à consommer) |
A
C
B1
B2
PP |
70 à 90
25 à 68
55
60 à 80
50 à 75 |
70 à 90
35 à 70
60
55 à 85
50 à 80 |
70 à 90
40 à 70
60
50 à 90
50 à 80 |
IV
- LES NOUVELLES TECHNIQUES
A
- L'ionisation
Ce procédé physique repose sur l'exposition des aliments à l'action
directe de certains rayonnements électromagnétiques (rayons X)
ou électroniques (rayonnement ß) permettant de les conserver par destruction
des insectes et micro-organismes parasites, en préservant au mieux leurs
qualités organoleptiques, sanitaires et nutritionnelles. Ce procédé de
conservation doit être associé souvent à la réfrigération
ou la surgélation.
Actuellement, l'ionisation est surtout utilisée pour traiter les épices,
les herbes aromatiques, et pour prolonger la vie de certains fruits(fraises...).
B - Les hautes pressions ou la pascalisation
Cette technique détruit les micro-organismes en appliquant de très
fortes pressions (4000 à 6000 fois la pression atmosphérique) sur
la denrée dans des enceintes spéciales à température
normale, sans modifier les qualités nutritionnelles et organoleptiques
des produits frais. Ce procédé commence à être appliqué au
Japon pour conserver des jus de fruits. Son application reste aujourd'hui limitée
en raison de son coût.
CONCLUSION
Ce
bref panorama montre les avantages et les contraintes des principaux
modes de conservation des aliments. Les progrès de l'industrie
agro-alimentaire en font des procèdès sûrs, qui
préservent assez bien les qualités nutritionnelles
des denrées. Le choix du mode de conservation, pour le consommateur
en bonne santé, dépendra donc de ses goûts, de
son équipement ménager et du service qu'il en attend.
M.
BITON
Directeur Général Adjoint
du Centre Technique de la Conservation
des Produits Agricoles
(CTCPA) - Paris
Bibliographie
BERNARD
A. ; CARLIER H. - Aspects nutritionnels des constituants
des aliments. Influence des technologies. Les cahiers de
l'ENSBANA - 1992. Tec Doc LAVOISIER, PARIS.
ROUGEREAU A. - Influence de la cuisson sur des produits
frais, appertisés et congelés. Médecine
et Nutrition, 1984, 10401-405.