LES ADDITIFS
Les additifs font partie de notre alimentation. Sûrs car sévèrement
contrôlés, ils améliorent la conservation et la présentation
des produits alimentaires. Ils ne doivent pas cependant dispenser de
respecter les modes de conservation et les limites de consommation.
Malgré des siècles d'utilisation les additifs n'ont fait
peur qu'à partir des années 1970. A cela deux raisons majeures
: leur multiplication, et l'apparition sur les emballages, sans explications
préalables, d'une codification (E...) qui inquiéta l'opinion
publique. Les additifs modernes sont des substances chimiques bien définies,
ajoutées intentionnellement à des denrées pour les
valoriser sur un plan donné. Leur autorisation repose sur des
connaissances scientifiques démontrant leur efficacité technologique
ainsi que leur innocuité. Les dossiers sont soumis au CSHPF (Conseil
Supérieur d'Hygiène Publique de France) puis à l'Académie
de Médecine, et maintenant aux autorités de l'Union Européenne.
Les autorisations d'emploi sont accordées dans un cadre législatif
fixant pour chaque additif la dose maximale, son rôle technologique
et la liste des aliments pouvant en bénéficier.
LES DIFFÉRENTES CATÉGORIES D'ADDITIFS :
Les additifs se répartissent en deux catégories : l'une vise
la préservation de la valeur hygiénique des aliments et comporte
les conservateurs et les antioxygènes, l'autre a tendance à améliorer
la présentation des denrées complexes et regroupe les colorants
et les agents de texture. La présence de ces conservateurs trouve
sa justification dans l'industrialisation de nos produits prêts à l'emploi
et dans notre mode de vie, notamment dans l'habitude des achats groupés
en fin de semaine.
Les conservateurs (E 200 à E 297) ont pour vocation d'inhiber des
flores microbiologiques indésirables. Leur justification est indéniable
: le vinaigre (acide acétique), l'anhydride sulfureux (SO2), les
sulfites sont employés à cette fin depuis longtemps. Les
nitrates et nitrites s'opposent à la prolifération des
Clostridium dans les denrées animales, les propionates assurent
le maintien de la qualité bactériologique des pains pré-tranchés,
etc.
Les substances antioxygènes (E 300 à E 321) retardent les
mécanismes d'oxydation, principalement dans les matières
grasses. Les antioxygènes s'imposent dans la mesure où les
denrées alimentaires sont exposées à l'air, à la
lumière et à l'action d'oxydants (traces de fer par exemple),
tous facteurs altérant rapidement la saveur et la qualité nutritionnelle
des produits gras. Dans ce domaine, la stabilité des denrées
alimentaires est renforcée par le recours à des atmosphères
inertes (azote, gaz carbonique), à des emballages imperméables
aux agents du rancissement, ou à des emballages "actifs" qui
absorbent notamment les résidus d'oxygène disséminés
dans le produit alimentaire.
| ADDITIFS,
RESTAURATION ET ENRICHISSEMENT |
 |
Additif
alimentaire : toute substance habituellement
non consommée comme aliment en soi et habituellement
non utilisée comme ingrédient caractéristique
dans l'alimentation, possédant ou non une
valeur nutritive, et dont l'adjonction intentionnelle
aux denrées alimentaires (...) a pour effet
(...) qu'elle devient elle-même ou que ses
dérivés deviennent, directement ou
indirectement, un composant de ces denrées
alimentaires. (décret N°89-674).
A ne pas confondre avec : Restauration : addition a un
aliment de la vitamine ou des vitamines et de l'élément
minéral ou des éléments minéraux
qui ont été inévitablement perdus malgré l'application
de bonnes pratiques de fabrication, en particulier celles qui
préservent les propriétés nutritionnelles
de l'aliment. (CEDAP* 7/7/93).
Enrichissement : addition de vitamines et minéraux à un
aliment dans des conditions telles que pour 100 kcal de produit
fini tel que vendu, la teneur ajoutée représente
de 15% à 50% de l'apport nutritionnel conseillé en
ces minéraux et vitamines (CEDAP* 21/6/89).
* CEDAP : Commission interministérielle
d'études des produits destinés à une alimentation
particulière.
|
 |
Les
colorants, (E 100 à E 180) sont des facteurs de valorisation
qui jouent un rôle dans le déclenchement des mécanismes
psycho-sensoriels : la mode récente des dragées
multicolores démontre l'association étroite entre
couleur et fête. De même, la vogue des milk-shakes
colorés a accru la consommation du lait-boisson. A l'inverse,
sans colorant vert intense, des sirops de menthe se vendent mal,
montrant ainsi que la perception de la flaveur globale de la
menthe reste attachée à la couleur verte. La liste
de colorants utilisables a été récemment
réduite, certains d'entre eux ayant été interdits à la
suite de manifestations allergiques (imprévisibles à priori).
Les agents de texture assurent la stabilité physique de préparations
complexes comportant des phases hydrophiles et hydrophobes peu compatibles entre
elles. Il peut s'agir d'émulsifiants, de gélifiants, d'épaississants
ou texturants dont la numérotation est très étalée
(E 322,
E 339 à E 341, E 400 à E 483, E 1400 à E 1450).
De très nombreuses substances alimentaires jouent le rôle spontané d'agents
de texture sans que nous en ayons conscience : la pectine dans les confitures,
l'amidon dans la sauce béchamel, le lait et les œufs dans les flans, le
jaune d'oeuf dans la mayonnaise. Certains de ces agents de texture sont des fibres
alimentaires : les amidons modifiés, partiellement digestibles, ont une
valeur alimentaire; les celluloses modifiées, non digestibles, sont cependant
présentes à des doses insuffisantes pour provoquer un effet significatif
sur la motricité intestinale.
NATURE
CHIMIQUE DES ADDITIFS
De
façon schématique, les additifs correspondent à trois
types de substances (voir tableau). Nombre d'entre eux sont des substances
naturelles, certains sont des produits ayant subi un remaniement
chimique, quelques uns sont des molécules
entièrement artificielles. Parmi ces dernières se rangent des colorants
(jaune de quinoléine, bleu patenté V, vert brillant acide), des
conservateurs
(dérivés de l'acide hydroxybenzoïque, du phénylphénol),
des
antioxygènes comme le BHA (Butylhydroxyanisol) et le BHT (Butylhydroxytoluène).
Les additifs naturels sont des nutriments (vitamines, phosphates), ou des molécules
entrant dans le métabolisme normal (acides organiques, diglycérides).
A ce titre ils
ont un intérêt alimentaire, faible cependant en raison des minimes
quantités
ingérées. Les lécithines, notamment, possèdent cet
intérêt,
favorisant la digestibilité lipidique, ainsi que quelques vitamines :
tocophérols
(dont la vitamine E) et acide ascorbique (vitamine C), employés comme
antioxygènes,
riboflavine (vitamine B2) et carotènes qui sont des colorants.
Enfin, on utilise également comme additif de nombreux sels minéraux
(nitrates, nitrites, sulfites, orthophosphates) et organiques (lactates, citrates,
tartrates) qui interviennent avec des finalités variées : renforçateurs
de conservateurs, d'antioxygènes, d'agents de textures. Les additifs naturels
sont facilement métabolisables : l'acide fumarique est un des éléments
du cycle de Krebs. Pour les additifs artificiels, le foie doit
développer une voie de dégradation et d'élimination. Toutefois,
les deux
catégories ont une innocuité pratiquement totale, les autorisations
n'étant
délivrées qu'après un examen approfondi du dossier toxicologique.
| LES
ADDITIFS AUTORISES |
| CATEGORIE |
NATURE
DE L'ADDITIF |
SUBSTANCE
NATURELLE |
SUBSTANCE
REMANIEE |
SUBSTANCE
ARTIFICIELLE |
COLORANTS
nombre
exemples |
17 riboflavine
xanthophylles
|
2 caramels
chlorophyllines |
12 bleu patente V
jaune orange S |
CONSERVATEURS
nombre
exemples |
8
acide lactique
nisine |
22*
propionate
bisulfite
|
15
thiabendazole
diphénile
|
ANTIOXYGGENES
nombre
exemples |
8
acide ascorbique
tocophérol |
21*
gallate d'octyle
tartare de K-Na |
3
BHA, BHT |
AGENTS DE TEXTURE
nombre
exemples |
9 lecithine
pectine
|
40
celluloses modifiées
amidons modifiés |
1
polyphosphate |
CONSOMMATION
DES ADDITIFS
La
présence des additifs est mentionnée sur les emballages
alimentaires,
mais non leur taux; ceux-ci demeurent souvent très inférieurs au
maximum
autorisé : dose journalière admissible (DJA), déterminée à partir
des études toxicologiques imposées par la réglementation
(voir encadré).
Par ailleurs, chaque type d'additif est plus particulièrement associé à une
catégorie donnée de matières alimentaires.
C'est ainsi que les sulfites, largement introduits dans les vins blancs, font
des amateurs de ces vins de gros consommateurs de ce type d'additifs.
De même, les nitrites sont principalement utilisés dans des denrées
animales, fromages et charcuteries, ce qui en rend la consommation
très irrégulière au sein d'une population. De leur côté,
les épaississants
et gélifiants sont particulièrement abondants dans les desserts,
crèmes, entremets et diverses confiseries : les jeunes enfants en font
par conséquent une
consommation (rapportée au poids corporel) estimée au double de
celle des adultes.
Il en découle que l'ingestion des additifs est intimement liée
aux habitudes
alimentaires de chacun.
Des groupes particuliers d'individus sont susceptibles de consommer
des additifs à un niveau avoisinant ou même dépassant la
DJA si leur alimentation est déséquilibrée en faveur de
tel ou tel type d'aliment.
Ces habitudes peuvent-elles entraîner des pathologies ? Le risque d'allergie
devient exceptionnel depuis le retrait de quelques colorants. Des laryngites
ont été rattachées à l'ingestion des sulfites, de
même que des hépatites ont été imputées à la
consommation de BHA et de BHT. De tels effets indésirables traduisent
d'abord une
alimentation monotone, limitée à des produits riches en additifs
d'où une consommation répétitive de catégories précises
d'additifs
aboutissant à un surdosage. D'une manière
générale, une telle éventualité peut concerner notamment
les enfants et adolescents dont on connaît l'attrait pour un nombre limité de
denrées sucrées (pâtisseries, desserts, boissons).
| DEFINITIONS
REGLEMENTAIRES |
 |
DL50
(dose létale50) : elle évalue la
toxicité aiguë et correspond à la
dose administrée en une fois à un lot
d'animaux entraînant la mortalité de
50% des sujets en quelques jours. On ne doit retenir
que les données obtenues par administration
orale.
DSE (dose sans effet) : dose n'entraînant pas de
perturbations néfastes chez l'animal (2 espèces
différentes) après 90 jours.
DJA (dose journalière admissible) : quantité d'une
substance pouvant être ingérée sans risque
perceptible par le consommateur. Elle est exprimée en
masse (g, mg) par kg corporel. Elle découle des études
toxicologiques. Pour des raisons évidentes de déontologie,
la DJA est toujours inférieure à la DSE, fréquemment
le 1/100ème de la dose sans effet.
|
 |
CONCLUSION
Les
additifs font partie de l'alimentation des populations industrialisées.
Grâce aux étapes rigoureuses précédant
leur autorisation d'emploi, ce sont des produits très sûrs
et les effets indésirables liés à leur emploi
restent exceptionnels.
La présence de conservateurs et d'antioxygènes dans de nombreuses
denrées leur confère une prolongation de leur qualité hygiénique.
Il s'agit cependant d'un avantage et non d'une solution miracle, ne dispensant
pas de respecter les modalités de conservation ni les limites de consommation.
Pr.
J. ADRIAN
Conservatoire National des Arts et Métiers
Paris
Bibliographie
Commission
du CNERNA (président J. Causeret)
Etude critique sur l'acide sorbique. Méd. et Nutr., 183, 19 : 11-50.
Commission du CNERNA (président J. Causeret)
Evaluation toxicologique des carréghénanes. Sci. aliments,1984,
4 : 429-38.
Commission du CNERNA (président J. Causeret)
Evaluation toxicologique et nutritionnelle des alginates. Sci. aliments, 1986,
6 : 473-544
Adrian J., Potus J., Frangne R. La science alimentaire de A à Z,
2ème édition, Lavoisier, Paris 1995.