NUTRITION
ET HYGIENE DE VIE CHEZ LA FEMME MÉNOPAUSÉE
Les
modifications hormonales survenant à la ménopause
ont des conséquences pathologiques cardio-vasculaires,
osseuses et cutanées.
Outre le traitement hormonal, l'activité physique et une alimentation
suffisamment variée
retardent ou évitent l'apparition de ces complications.
En 1900 la durée moyenne de vie était, en France, de 47 ans pour
les femmes ; elle dépassera 80 ans au
XXIème siècle. Ce qui signifie que, si l'espérance de vie
après la ménopause était en 1850 pratiquement nulle, elle
sera d'au moins 30 ans pour la quinquagénaire à venir. Actuellement,
ces 30 années peuvent être d'autant mieux vécues que l'on
connaît parfaitement les mécanismes de la ménopause. A la
naissance, l'ovaire contient de
25 000 à 45 000 follicules. Cette réserve diminue avec le vieillissement
et lorsque la ménopause survient, l'ovaire ne contient plus que quelques
dizaines à quelques centaines de follicules. C'est alors que la sécrétion
ovarienne d'œstradiol et de progestérone s'annule tandis que l'ovaire
ménopausique continue de sécréter
des androgènes. Ces modifications hormonales, survenant alors que le vieillissement
s'accélère, sont à la base de variations pondérales
(abordées dans un prochain
numéro d'Objectif Nutrition) et de conséquences pathologiques cardio-vasculaires,
osseuses et cutanées : la nutrition joue un rôle non négligeable
dans leur prévention.
RISQUE
CARDIO-VASCULAIRE ET MÉNOPAUSE
À partir
de la ménopause le risque cardio-vasculaire augmente chez
la femme (figure 1), pour égaler celui de l'homme 20 ans plus
tard. Ceci s'explique par un ensemble de modifications biologiques
favorisant l'artériosclérose : c'est le syndrome métabolique
de la ménopause.
À côté des modifications des lipides plasmatiques : élévation
des triglycérides, diminution du HDL - cholestérol, élévation
du LDL cholestérol (figure 2) et surtout des IDL (petites particules particulièrement
athérogènes), l'accent est désormais mis sur l'insulinorésistance
due à la répartition thoraco-abdominale du tissu adipeux avec un
risque accru d'hypertension artérielle et de diabète non-insulino-dépendant.
Il existe également une élévation du facteur VII et du fibrinogène.
Le risque de survenue d'une cardiopathie ischémique, chez la femme,
est d'autant plus important que la ménopause a été précoce
et qu'il existe d'autres facteurs de risques : antécédents
familiaux d'accidents vasculaires, tabagisme, hypertension artérielle,
obésité, diabète, hypercholestérolémie
et sédentarité. Pour combattre ce phénomène important
le rôle du traitement hormonal substitutif n'est plus à prouver;
il faut lui associer, le cas échéant, un traitement nutritionnel
voire médicamenteux des hyperlipémies, du diabète ou
de l'hypertension.
D'après FLETCHER J.L., VESSEY M.P.: Coronary heart disease in women:
current trends and health economics in "European consensus Development conference
on menopause" 1 volume.
Backhausen M. et Rozenbaum H. Edit Eska Paris 1996.
Tableau 1
La
pratique d'une activité physique régulière fait
partie du traitement car elle améliore la sensibilité à l'insuline
par une mobilisation du glycogène musculaire, luttant ainsi
contre l'hyperinsulinisme et augmentant le potentiel du muscle squelettique à oxyder
les lipides.
On préconisera surtout l'exercice prolongé (45 minutes à 1
heure) de faible intensité, pratiqué à 50% de la consommation
maximale d'oxygène, et réalisé sur une base tri-hebdomadaire
(marche rapide, natation).
Sur le plan nutritionnel, certaines vitamines antioxydantes pourraient diminuer
le risque cardio-vasculaire au moment de la ménopause. Deux grands
systèmes de protection interviennent contre la formation de radicaux
libres et l'oxydation :
- les premiers sont enzymatiques et nécessitent l'intervention de
cofacteurs tels que le cuivre, le manganèse, le zinc et le sélénium.
- les seconds sont constitués de molécules liposolubles telles
que la vitamine E (alpha-tocophérol) et les caroténoïdes
ou hydrosolubles telles la vitamine C et la taurine.
Tous les travaux expérimentaux concluent aujourd'hui à l'efficacité antioxydante
in-vitro et in-vivo de la vitamine E en tant que capteur de péroxyradicaux.
L'alpha-tocophérol, par une longue chaîne lipophile se fixe
au sein des membranes lipidiques, et par sa fonction phénolique possède
une activité antioxydante.
L'alimentation fournit suffisamment de vitamine E : les 3/4 des besoins sont
couverts par les huiles végétales. La plus riche en alpha-tocophérol
est l'huile de tournesol; les huiles de colza ou de maïs sont plutôt
riches en gamma-tocophérol, moins puissant. Il faut signaler que les
fritures diminuent énormément la quantité de tocophérols.
Le reste de l'alimentation (beurre, margarine, foie…) couvre largement le
dernier quart des besoins.
D'après JENSEN J., NILAS L., CHRISTIANSEN C.: Influence
of menopause on serum lipids and lipoproteins-Maturitas 1990; 12, 321-331.
Tableau 2
L'OSTÉOPOROSE
L'ostéoporose
post-ménopausique se caractérise par des anomalies
micro-architecturales et une réduction de la masse osseuse.
Le pourcentage des femmes ayant une ostéoporose densitométrique
(densité inférieure à la moyenne des sujets
jeunes moins 2,5 écart-type) augmente avec l'âge : il
est de 40% entre 70 et 80 ans et augmente considérablement
après
80 ans. D'où un risque accru de fractures vertébrales et de l'extrémité supérieure
du fémur.
A la diminution de la densité minérale osseuse s'ajoute un facteur
non négligeable : le risque de chute. Il augmente de façon exponentielle
avec l'âge, de 19% pour les femmes de 60 à 64 ans, à 33%
pour celles de 80 à 84 ans. Ce risque est fortement lié à l'atrophie
musculaire; il augmente en cas d'arthropathie des membres inférieurs,
de maladie de Parkinson, d'usage de sédatifs hypnotiques ou d'alcool.
La prévention de l'ostéoporose passe donc par trois mesures : l'hormonothérapie
substitutive, un apport suffisant en calcium et en vitamine D, et l'exercice
physique.
L'hormonothérapie, fondamentale dans les premières années
suivant la ménopause, doit être associée à un apport
quotidien en calcium d'environ 1000 mg ainsi qu'un apport en vitamine D d'environ
800 Unités internationales par jour. La maigreur et des apports alimentaires
insuffisants sont des facteurs de risque d'ostéoporose.
Une étude récente sur des femmes âgées de 84 ans en
moyenne montre que l'association calcium-vitamine D réduit de 29% par
rapport au placebo le nombre de fractures de l'extrémité supérieure
du fémur après 3 ans de traitement et induit une augmentation significative
de la densité minérale osseuse.
A l'hormonothérapie et à la substitution vitamino-calcique s'ajoute
nécessairement la pratique d'une activité physique. Augmentant
les contraintes au niveau ostéo-articulaire, elle permet une stimulation
des ostéoblastes et une augmentation de la masse musculaire.
On conseillera surtout des activités physiques agissant sur les os porteurs
(marche rapide, vélo) et une gymnastique sollicitant les muscles insérés
sur l'extrémité distale du radius (haltères légers),
le rachis
dorso-lombaire, et l'extrémité supérieure du fémur
(abdo-fessiers sous surveillance).
VIEILLISSEMENT
CUTANÉ
Les
modifications cutanées liées au vieillissement hormonal
sont celles du vieillissement chronologique : atrophie épidermique,
diminution du renouvellement des keratinocytes et diminution du nombre
de mélanocytes. Il existe par ailleurs un important amincissement
du derme avec une réduction du nombre et du diamètre
des fibres du collagène ainsi qu'une diminution des fibroblastes.
Les œstrogènes s'opposent, en partie, à ces effets en exerçant
une action trophique favorisant la croissance de l'épiderme et surtout
l'activité des cellules dermiques responsables de la synthèse du
collagène.
Par ailleurs, sans vouloir réduire la sénescence cutanée
aux seules altérations dues aux radicaux libres, il parait actuellement
justifié de tenter d'enrayer leur influence. Ce sont surtout les antioxydants
qui peuvent agir sur ces néfastes réactions radicalaires : parmi
ceux-ci il faut citer d'abord le tocophérol (vitamine E), la vitamine
C et les flavonoïdes (voir encadré).
| LES
FLAVONOÏDES |
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Le
professeur SZENT-GYORGYI (découvreur de la vitamine
C) a le premier isolé cette famille de composés
végétaux qu'il appelle citrine.
Après des recherches plus approfondies on leur donne
le nom de vitamines P ou de flavonoïdes (ou encore bio-flavonoïdes).
On les trouve dans tous les végétaux riches
en vitamine C mais aussi dans les pépins de raisins.
On a d'abord découvert leur rôle dans l'amélioration
de la
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résistance
et de la perméabilité capillaire mais depuis
d'autres travaux ont démontrés pour certaines
de ces substances une action anti-inflammatoire (Apigénine,
Lutéoline) ; pour d'autres une action anti-hépatotoxique
mais surtout une action anti-enzymatique jouant un rôle
antioxydant notamment pour la Rutine ou la Quercitrine.
Ces dernières agissent au niveau de la Ca++ATPase
ou du cytochrome P 450. |
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L'utilisation
d'un traitement hormonal substitutif ou l'ingestion alimentaire voire
médicamenteuse de substances antioxydantes ont peu d'intérêt
s'il n'y a pas une lutte efficace contre l'héliodermie ou
photo vieillissement (ensemble des modifications cliniques et histologiques
induites par le soleil). La lésion principale, appelée élastose
actinique, correspond à l'accumulation de fibres élastiques
anormales (épaisses,
courtes, fragmentées et ondulées, synthétisées par
les fibroblastes lésés par les ultraviolets). Il faut donc avertir
les patientes de la nécessité de diminuer le temps d'exposition
au soleil et de l'utilité de l'usage
répété de crèmes solaires protectrices.
| LES
PHYTOESTROGÈNES |
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Il
existe dans certains légumes des substances qui
sont converties en substances "œstrogènes-like" par
les bactéries intestinales. On peut citer parmi
celles-ci les isoflavones, les lignanes et les cousmétanes.
Le soja est riche en isoflavones. Le thé en contient
aussi. Ces substances se comportent comme des anti-œstrogènes
ou des œstrogènes selon leur récepteur.
Les études pratiquées ont décrit
une action œstrogénique de ces
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substances
sur le système cardio-vasculaire et sur les troubles
de la régulation thermique de la femme ménopausée.
De plus, il existerait des effets anti-œstrogènes
et antiprolifératifs au niveau de la glande mammaire
et de l'endomètre. Pour l'instant, la corrélation
entre les phytoœstrogènes et ces observations
ne peut être attribuée de manière
formelle à la consommation importante de ces substances,
chez les sujets humains. |
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CONCLUSION
Les
femmes ménopausées ont à présent de nombreuses
possibilités pour retarder ou limiter l'apparition de complications
cardio-vasculaires, osseuses ou cutanées. Le traitement hormonal
substitutif a une importance majeure et est d'autant plus efficace
qu'il est prolongé, mais il ne faut pas oublier le rôle
essentiel d'une activité physique régulière,
d'intensité modérée et protégeant les
articulations ; ni le rôle fondamental d'une alimentation suffisamment
variée pour apporter des substances antioxydantes (vitamine
C, vitamine E).
Dr
Agnès MOUTON
Paris
Bibliographie
ELIA
D. "Anti", "Phyto" et estrogènes.
Gyn.Obs n°361 - 15 décembre 1996.
LE PALLEC F., Peau et hormones.
Avenir de femmes - 1995-III. Theramex.
MENOPAUSE ET VIEILLISSEMENT.
Reproduction humaine et hormones, 1996, IX, n°2 et 3.