 Tribune
Les aliments issus d'organismes génétiquement
modifiés
Depuis peu, il n'est pas de semaine sans que les médias
ne titrent sur ces "apprentis sorciers" qui proposent d'utiliser
des organismes génétiquement modifiés (OGM) pour produire
des ingrédients et des aliments destinés à la consommation
animale ou humaine. Que sont ces OGM ? Les craintes exprimées de façon
souvent sensationnelle sont-elles justifiées ? Les progrès
de la biologie permettent aujourd'hui d'introduire des gènes appartenant à des
espèces étrangères dans des organismes qui deviennent
ainsi des OGM. Ces techniques de transgénèse, aussi appelées
biotechnologies modernes, sont employées depuis plus d'une décennie
pour améliorer les performances de micro-organismes et de plantes
: maïs, colza, soja, melons, tomates, salades, pommes de terre...
On recherche ainsi pour les micro-organismes utilisés comme "usine" de
production (notamment d'arômes et d'enzymes) une meilleure efficacité technologique,
et pour les plantes, une résistance aux herbicides, aux insectes (pyrale
du maïs) et virus, de meilleures performances agronomiques (stérilité mâle),
une meilleure conservation (tomates), une composition nouvelle (huile de
colza riche en acide laurique, pommes de terre riches en amylose)...
L'évaluation de la salubrité (aspects toxicologiques et nutritionnels)
des produits fabriqués par des micro-organismes "usines" OGM
ne pose souvent pas de problèmes particuliers, ces produits étant
extraits et ne contenant aucune substance étrangère nouvelle
si leur purification est suffisante (chymosine, plus pure que la présure
utilisée traditionnellement en fromagerie). Celle des plantes et produits
des plantes OGM doit faire l'objet d'une étude au cas par cas, en
fonction de la nature des molécules étrangères produites
sous l'influence de la modification génétique.
On compare pour cela le produit nouveau à un produit de référence
utilisé traditionnellement en alimentation et sans effet négatif
sur la santé, en évaluant spécifiquement la sécurité des
constituants qui diffèrent : il s'agit des produits (protéines)
issus des "gènes d'intérêt" permettant d'obtenir
la modification souhaitée, et des "gènes marqueurs" utilisés
pour trier les organismes porteurs de cette modification.
Cette approche n'est pas idéale et ne permet pas d'assurer au consommateur
un risque zéro, mais simplement une sécurité identique à celle
des aliments qu'il consomme depuis toujours. Elle permettra cependant d'améliorer
les méthodes d'évaluation des aliments issus d'OGM et des aliments "exotiques" que
l'on voit fleurir sur les étals, dont le caractère "naturel" n'est
pas un gage absolu d'innocuité.
Face aux biotechnologies modernes, la peur irraisonnée n'est pas plus
justifiée qu'une confiance aveugle : prudence et évaluation
s'imposent.
Gérard PASCAL
Centre National d'Etudes et de Recommandations
sur la Nutrition et l'Alimentation (CNERNA-CNRS) - Paris |