 Tribune
La leptine : qu'en penser en 1998 ?
Placée sous le contrôle du gène ob et
sécrétée exclusivement par l'adipocyte, la leptine est
une hormone qui se lie à un récepteur membranaire spécifique.
Elle réduit la prise alimentaire et stimule les dépenses énergétiques
et l'oxydation lipidique. Ces effets biologiques qui lui confèrent
un rôle majeur dans la régulation de la masse grasse l'on fait
appeler hormone de la minceur (du grec leptos qui signifie mince).
Les mutations du gène ob conduisant à une leptine absente ou
biologiquement inefficace, ou celles du gène db aboutissant à un
récepteur défectueux de la leptine, sont responsables d'obésité dans
les modèles murins. Récemment, une obésité massive
associée à un effondrement du taux sérique de leptine
par mutation du gène ob a été rapportée chez
deux cousins nés de parents consanguins. Unique à ce jour,
cette observation apporte la preuve directe du rôle joué par
la leptine dans l'équilibre énergétique chez l'Homme,
mais n'a pas pour l'instant d'application thérapeutique.
Toutefois, l'immense majorité des obèses ne semble pas avoir
de déficit de sécrétion en leptine. Au contraire, les
concentrations sériques de leptine sont "normales" voire élevées
dans l'obésité humaine. En effet, la leptinémie est
d'autant plus élevée que la masse grasse est abondante et, à masse
grasse identique, plus élevée chez la femme que chez l'homme.
Une leptinémie élevée en présence d'un excès
de masse grasse suggère que le rétrocontrôle négatif
normalement exercé par la leptine sur la masse grasse est perturbé chez
un grand nombre d'obèses. Un tel dysfonctionnement évoque un état
de "leptino-résistance" et rappelle ce qui a été décrit
avec le couple insuline-glucose dans l'insulinorésistance (hyperglycémie
malgré une insulinémie élevée). La compréhension
d'une telle résistance et le dénombrement des causes qu'elle
recouvre passe par une meilleure connaissance des mécanismes moléculaires
par lesquels la leptine transmet son information biologique. L'intérêt
thérapeutique de la leptine dans l'obésité humaine en
dépend également.
La leptine joue aussi un rôle dans la régulation de la fertilité/fécondité.
Elle intervient dans la régulation du cycle folliculaire en s'opposant
aux effets de la LH sur la production d'estrogènes par la granulosa.
En témoignant de réserves énergétiques suffisantes,
la leptine pourrait également avoir un effet permissif sur la reproduction.
L'intensité des recherches consacrées à cette hormone
est à la mesure des intérêts et des espoirs qu'elle suscite
dans ces domaines.
Pr C. COUET
Laboratoire de Nutrition Faculté de Médecine - Tours
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