 Tribune
Alimentation et travail posté
Le travail posté concerne environ 20% de la population active, et
ce chiffre pourrait augmenter dans les années à venir. On le
définit comme une organisation du travail où plusieurs équipes
se succèdent à un même poste par rotations.
Il faut en rapprocher les autres formes de travail en horaire décalé dont
le travail de nuit : ces types d'organisation perturbent les rythmes biologiques,
le comportement social et alimentaire. Leur tolérance est très
variable suivant les individus, mais les études les ont associés à trois
ordres de troubles : l'instabilité pondérale, l'ischémie
coronarienne et la pathologie gastro-intestinale.
Un certain nombre d'études, la plupart françaises, concordent
sur le fait que le travail posté n'entraîne pas de modification
de l'apport énergétique quotidien par rapport à des
témoins issus du même milieu. Les deux principaux repas sont
maintenus, mais le travail posté s'accompagne d'un apport alimentaire
extra-prandial d'environ 20% de l'apport énergétique total.
Cet apport, consommé pendant les heures de travail sous forme de casse
croûte ou de grignotage, n'augmente pas l'apport énergétique
global et ne modifie pas la répartition en macronutriments.
On sait maintenant que l'heure du repas influence les réponses digestives
et métaboliques. La nuit, que l'on dorme ou que l'on veille, la digestion,
notamment la vitesse de vidange gastrique, est ralentie. En période
post-prandiale nocturne l'augmentation de la dépense d'énergie
qui suit un repas est plus faible, la tolérance glucidique est diminuée,
et les triglycérides augmentent. Toutes ces modifications sont de
très faible amplitude et n'atteignent pas chez des sujets sains des
valeurs pathologiques. Toutefois, elles peuvent s'amplifier sous l'influence
d'une diminution de la tolérance glucidique ou lipidique, d'une alimentation
déséquilibrée ou d'un état de stress associé.
Le travail posté peut être considéré comme une
situation à risque nutritionnel. L'alimentation n'est cependant qu'un
des facteurs qui contribuent au mal-être de ces travailleurs. On peut
néanmoins déconseiller la nuit les aliments riches en graisses
tels que le fromage ou la charcuterie qui favorisent la prise de poids, diminuent
la tolérance glucidique et accentuent l'hyperlipémie post-prandiale.
Le casse croûte ou le grignotage permettent, la nuit, de se tenir éveillé et
il serait vain de vouloir les supprimer au nom de la physiologie. Le temps
des repas est aussi un temps de convivialité et de retrouvailles familiales
qu'il faut également tenter de préserver. Les connaissances
que nous avons, très modestes, peuvent cependant servir de base à des
conseils nutritionnels personnalisés en fonction du mode de vie et
des habitudes alimentaires.
Docteur M. ROMON
Service de Nutrition, CHU Lille |