 Tribune
Les antioxygènes, un élixir de longue vie
?
Les médias se sont fait récemment l'écho de polémiques
entre chercheurs, nutritionnistes et auteurs de livres ou de dossiers destinés
au grand public au sujet des effets protecteurs de cocktails d'antioxydants.
La
responsabilité des espèces réactives de l'oxygène
(ERO) dans la genèse des
principales pathologies liées au vieillissement comme certains types de
cancers, les affections cardio-vasculaires ou la cataracte, est une théorie
ancienne qui conduit certains à penser que la consommation accrue d'antioxydants
serait un moyen universel de lutte contre le vieillissement
et ses conséquences.
Le progrès des connaissances scientifiques peut-il expliquer un tel engouement
? Oui et non. Oui, dans la mesure où les antioxydants se sont
révélés -in vitro- capables de réduire l'ampleur
des attaques des ERO sur
des molécules fondamentales pour un bon fonctionnement de l'organisme,
comme
les acides nucléiques, les acides gras polyinsaturés des membranes
cellulaires ou les lipoprotéines. Non, si l'on considère la démonstration
directe -in vivo- de la présence accrue des ERO dans les tissus et organes
dans des circonstances favorables à ces attaques ; des progrès
restent en
effet à faire pour disposer de méthodes précises, validées,
peu invasives, de mesure de biomarqueurs des dommages oxydatifs chez l'homme.
De plus, on sait que certaines cellules
cancéreuses sont plus sensibles aux ERO que les cellules normales.
Il est incontestable qu'une consommation suffisante de fruits et de
légumes constitue un facteur protecteur vis-à-vis de l'apparition
des
pathologies majeures. Si leur contenu en composés antioxydants peut être évoqué comme
responsable de cet effet protecteur, leurs autres constituants n'y sont sans
doute pas étrangers. L'administration sous forme de pilule de certains
antioxydants comme le ß carotène s'est révélée
décevante. La composition de nos aliments est trop complexe pour que l'on
puisse réduire
leur action à celle de quelques constituants isolés, sans prendre
en compte les nombreuses interactions qui vont, dans l'organisme, moduler la
biodisponibilité et l'action de tous leurs éléments.
Les connaissances scientifiques progressent à grands pas mais, au risque
de décevoir, l'élixir de longue vie n'est pas encore sorti de nos
laboratoires !
Gérard
PASCAL
Directeur scientifique pour la Nutrition humaine et la Sécurité Alimentaire à l'INRA.
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