 Tribune Les habitudes alimentaires des 50-60 ans : 1968-1998 En
1998, une enquête* a été menée auprès de
1000 jeunes seniors français pour connaître leurs habitudes alimentaires.
Les résultats ont été comparés à ceux d'une étude
identique réalisée en 1968. Il en ressort une image rassurante
d'équilibre et de santé, de convivialité et de tradition.
Les notions d'équilibre alimentaire et de bien-être physique, quasiment
inconnues dans les années 60, sont apparues et sont désormais recherchées
par plus de 80% des femmes, mais seulement 40 % des hommes. Manger varié et équilibré avec
régularité et contrôle de soi devient une préoccupation
largement partagée par les 50/60 ans.
En trente ans, l'information nutritionnelle valorisant les sources de
micro-nutriments, de vitamines et de sels minéraux a transformé l'image des aliments.
En tête du hit-parade des aliments "essentiels", les légumes ont
pris la place des féculents. Le poisson y figure maintenant comme "viande
maigre". Il n'a pas pour autant détrôné la viande qui incarne
avant tout le "bien manger à la française".
En cherchant à travers l'alimentation un moyen de "bien vieillir", les
seniors veulent faire de leur nourriture "leur première médecine".
Adoptant la formule d'Hippocrate, 56% des 50/60 ans considèrent qu'ils
sont leur propre prescripteur en matière d'alimentation et de nutrition,
avant le médecin généraliste ou "le spécialiste de
la nutrition". Ils pratiquent ainsi une diététique qui s'appuie
sur des règles simples et sur le bon sens. Pour eux, la variété des
saveurs reste primordiale.
Pour les jeunes seniors, l'alimentation ne se réduit pas à ses
dimensions nutritionnelles : 51% d'entre eux déclarent aimer sortir au
restaurant et recevoir, contre 9% en 1968. Manger reste un acte de plaisir, une
occasion de se réunir, de parler et d'échanger. Les effets de la
solitude, surtout chez les femmes, peuvent devenir une cause de déséquilibre
nutritionnel.
Pour 7 % des personnes interrogées, des difficultés financières
ne leur permettent pas de manger "autant qu'elles le voudraient". Le prix des
aliments reste encore déterminant pour une personne sur cinq. Enfin, les
résultats de cette étude confirment qu'il existe bien en France,
pour les 50/60 ans, des différences régionales dans la perception
de la "valeur-santé" des aliments.
En conclusion, dans cette tranche d'âge, l'alimentation paraît avoir
en France une valeur de santé autant qu'hédoniste. Qu'en
sera-t-il dans 30 ans ?
Dr
Martine PELLAE
Hôpital Bichat - Paris
* "Les jeunes seniors et leur alimentation" les cahiers de l'O.C.H.A.,
1998, n°9, 110 pages.
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