 Dossier
Maladie cœliaque et régime sans gluten
Dr Benoît COFFIN
La maladie cœliaque est une maladie inflammatoire
du tube digestif survenant sur un terrain génétique particulier.
Le régime sans gluten assure, dans la majorité des cas, la guérison
clinique et la prévention des complications. Son observance, difficile
à mettre en œuvre compte tenu des contraintes sociales, nécessite
un soutien médical et diététique.
Maladie inflammatoire du tube digestif, la maladie cliaque
se caractérise par un syndrome de malabsorption intestinale
et, sur le plan histologique, une atrophie villositaire, déclenchés
par lingestion de gluten par un sujet génétiquement
prédisposé. Lintolérance au gluten
au cours de la maladie cliaque diffère de lexceptionnelle
allergie au gluten qui ne repose pas sur les mêmes mécanismes
immunitaires (Ig E dépendante) et n'a pas la même
traduction clinique. La prévalence de la maladie cliaque
chez ladulte reste inconnue en France. On l'évalue
en Europe entre 1/1000 et 0,1/1000. La prévalence des formes
silencieuses détectées par des tests sérologiques
systématiques est probablement 6 à 10 fois plus
élevée. Le régime sans gluten est le seul
traitement de la maladie cliaque.
Simple dans son principe, il entraîne une régression
totale des signes de la maladie, mais son caractère astreignant
en rend lobservance parfois incomplète. La disparition
des signes cliniques, biologiques et histologiques par le régime
sans gluten fait partie intégrante de la définition
de la maladie cliaque.
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LE
GLUTEN
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Le
gluten est la fraction protéique de certaines céréales
et de leurs dérivés : blé, orge, seigle,
avoine.
Parmi les protéines du gluten qui déclenchent
la maladie, la plus connue est la gliadine, issue du blé.
La caractérisation de la ou des fractions peptidiques
toxiques de la gliadine est en cours. |
PHYSIOPATHOLOGIE
DE LA MALADIE CŒLIAQUE
La
maladie cliaque, modèle simple dassociation
avec le système HLA, survient sur un terrain génétique
particulier : 95 % des patients expriment la molécule DQ2.
Les rares patients non DQ2 expriment lantigène HLA-DQ8.
Ces molécules, DQ2 ou DQ8, présentent aux lymphocytes
T CD4 du chorion des fragments peptidiques du gluten modifiés
par une enzyme, la transglutaminase tissulaire. Dautres
facteurs génétiques restent encore à déterminer,
notamment ceux intervenant dans la prédisposition à
la maladie, l'âge de survenue ou sa sévérité.
QUAND
SUSPECTER UNE MALADIE CLIAQUE ?
-
Chez le nourrisson, les signes cliniques habituels de la maladie
cliaque surviennent après le sevrage, lors de lintroduction
des céréales : retard de croissance associé
à une apathie, pâleur cutanéo-muqueuse,
anorexie.
Labdomen est distendu et hypotonique chez un enfant ayant
des selles liquides fréquentes. Chez lenfant plus
âgé, la symptomatologie est souvent plus variée
avec fréquemment une anémie ou un retard de croissance.
Les symptômes digestifs sont parfois au second plan :
diarrhée chronique, douleurs abdominales, météorisme
parfois important, nausées voire vomissements.
- Chez
ladulte, il est possible de constater les signes habituels
: diarrhée chronique ou amaigrissement associés
à des douleurs abdominales, des nausées ou des
vomissements. Souvent il sagit de formes cliniques frustes
se révélant par un syndrome carentiel, par des
manifestations plus atypiques (tableau 1) ou par une complication
néoplasique comme un lymphome digestif. Fréquemment
ces symptômes mineurs ninquiètent pas le
patient qui s'abstient de consulter. A loccasion dun
stress, dune grossesse, le tableau clinique peut se décompenser
et être loccasion de poser le diagnostic. Très
souvent, chez les patients cliaques, la taille est plus
petite que chez leurs collatéraux, les ménarches
apparaissent plus tard et la ménopause est plus précoce.
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SIGNES
CLINIQUES ET BIOLOGIQUES RENCONTRÉS
AU COURS DE LA MALADIE CLIAQUE
Anorexie, amaigrissement
Fatigue chronique
Syndrome dépressif
Douleurs osseuses et fractures pathologiques
Nausées, vomissements
Diarrhée
Aphtes buccaux récidivants
Hyposplénisme
Hippocratisme digital
Douleur abdominale récurrente |
Infertilité, avortements à répétition
Ecchymoses
Petite taille
Hypoalbuminémie, carence en vitamine B12,
diminution du TP
Positivité des anticorps anti-gliadine,
anti-réticuline, anti-transglutaminase
Anémie par carence martiale
Anémie par carence en folates |
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-
La maladie cliaque peut aussi être diagnostiquée
en association avec dautres troubles comme une dermatite
herpétiforme, un diabète insulinodépendant,
une thyroïdite, un syndrome de Sjögren ou une cirrhose
biliaire primitive. Dans ces cas, tout signe clinique ou toute
anomalie biologique nentrant pas dans le cadre de la maladie
considérée doit faire rechercher une maladie cliaque.
La
prévalence de la maladie cliaque est de 10 % chez
les apparentés au premier degré dun patient
cliaque. Les signes cliniques sont alors très frustes
et doivent être recherchés en détail. Une
lassitude, à tort mise sur le compte dune réaction
dépressive, une glossite, une stomatite ou de vagues symptômes
digestifs, peuvent être des signes cliniques permettant
d'établir le diagnostic.
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CRITÈRES
DIAGNOSTIQUES DE LA MALADIE CLIAQUE
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Atrophie villositaire
Anticorps positifs
Correction des anomalies cliniques, biologiques et
histologiques par le régime sans gluten |
LES OUTILS DIAGNOSTIQUES
Le
diagnostic repose sur un faisceau darguments. Sur le plan
sérologique, les anticorps antigliadines de type IgG et
de type IgA sont relativement sensibles et spécifiques
(recherche par ELISA). Ils cèdent progressivement la place
aux anticorps anti-endomysium, à la sensibilité
et la spécificité proches de 100%.
Cependant leur technique de recherche (immunofluorescence) reste
délicate et coûteuse. La recherche des anticorps
anti-transglutaminase (très spécifiques car la transglutaminase
est lautoantigène principal de la maladie) nest
pas encore dutilisation courante.
Lendoscopie digestive haute demeure donc nécessaire
; elle montre au niveau duodénal un aspect datrophie
villositaire en mosaïque. Cet aspect est retrouvé
lors du transit du grêle qui recherchera en outre un lymphome
associé, notamment chez ladulte et le sujet âgé.
En histologie, le diagnostic est confirmé par un aspect
datrophie, totale ou subtotale, qui associe la disparition
des villosités, une hyperplasie des cryptes et une infiltration
de la muqueuse par des cellules immunitaires et en particulier
par des lymphocytes T.
| COMPLICATIONS
À LONG TERME DE LA MALADIE CLIAQUE
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(dautant
plus fréquentes que le régime sans gluten
nest pas ou est mal suivi).
Jéjunite ulcéreuse
Troubles neurologiques divers
Cancers (tous types)
- Lymphome digestif T
- Adénocarcinome du grêle
- Cancers ORL, sophage |
Risque
relatif : 2-3
Risque relatif : 30-40
Risque relatif : 83
Risque relatif : 23 |
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LE
RÉGIME SANS GLUTEN
Lexclusion complète et définitive du gluten
de lalimentation constitue la base du traitement de la maladie
cliaque. Son principe est simple: supprimer tous les aliments
contenant au moins lune des 4 céréales toxiques
et leur substituer dautres céréales, essentiellement
le riz et le maïs. Une étude a suggéré
que lavoine était bien tolérée à
court terme, mais ce résultat doit être confirmé
à long terme.
Le régime sans gluten a deux objectifs : la guérison
clinique et la prévention des complications de la maladie
cliaque.
La guérison est obtenue chez lenfant en un an : le
régime permet dobtenir une normalisation de la taille
et du poids. La biologie (anticorps anti-endomysium) se négative
en 6 mois environ et lhistologie en un an. Chez ladulte,
lamélioration peut être plus lente.
La prévention des complications nutritionnelles (ostéoporose,
anémie, syndrome de malabsorption) et des lymphomes, nécessite
de suivre un régime à vie, même si la maladie
cliaque paraît latente.
Comment
instaurer le régime sans gluten ?
En
théorie, il sagit sans doute dune des prescriptions
médicales les plus simples. Pratiquement, lapplication
du régime sans gluten est très contraignante et
peut constituer une véritable atteinte à la vie
sociale. En effet, le gluten est présent dans tous les
produits à base de blé, comme le pain et les pâtes,
et dans un nombre très important de produits issus de lindustrie
agroalimentaire, en particulier les plats cuisinés, les
entremets, certains desserts. Des additifs contenant du gluten
y sont utilisés comme agent de texture ou de stabilité.
Une diététicienne habituée à expliquer
les contraintes du régime sans gluten remettra au patient
une liste des aliments interdits et autorisés. Elle lui
apprendra également à lire les étiquettes
et à proscrire les préparations contenant de lamidon,
de lamidon modifié ou des substances amylacées
dorigine végétale.
Des directives européennes récentes imposent de
spécifier si ces substances contiennent ou non du gluten.
Le plus souvent, il sera nécessaire de revoir la diététicienne
pour préciser les points pouvant prêter à
confusion. Il faut aussi savoir qu'un certain nombre de médicaments
contiennent du gluten.
Outre son caractère contraignant, le régime sans
gluten se révèle d'un coût important, estimé
à 800 F par mois et par foyer. En effet pour des raisons
pratiques évidentes, cest souvent toute la famille
qui adopte les produits de substitution, qui ne sont pas bon marché.
Cependant, depuis 1996, la prise en charge partielle par les organismes
de Sécurité Sociale du surcoût dû au
régime en facilite l'observance.
Résistance
au régime sans gluten
Labsence
de réponse rapide au régime sans gluten doit en
premier lieu faire soupçonner une mauvaise observance du
régime, volontaire ou non. En effet, la dose en dessous
de laquelle le gluten ne serait plus toxique nest pas clairement
établie, dautant quil existe probablement de
fortes variations entre individus. Un interrogatoire diététique
poussé permet parfois de détecter des écarts
ignorés par le patient lui-même.
Après avoir éliminé une mauvaise observance,
labsence de réponse clinique et histologique après
trois à six mois de régime sans gluten strict permet
de définir la résistance vraie au régime.
Dans cette situation rare, environ 5% des cas, il faut rechercher
une cause de résistance primaire ou secondaire comme la
prise de médicaments contenant du gluten, lapparition
dune sprue collagène parfois associée à
des ulcérations du grêle, des lésions muqueuses
très sévères irréversibles, ou un
lymphome malin du grêle. Ces trois dernières situations
nécessitent une prise en charge en milieu spécialisé
et imposent une étude des lymphocytes épithéliaux
par immunohistochimie. La corticothérapie ou le recours
aux immunosuppresseurs sont souvent nécessaires.
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LE
RÉGIME SANS GLUTEN EN PRATIQUE
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- Depuis
1996, lAssurance Maladie prend en charge une partie
des dépenses supplémentaires associées
au régime sans gluten (arrêté du 30/04/96,
publié au J.O. du 18/05/96). La prise en charge
est assurée dans la limite de 220 francs par mois
pour les enfants jusquà 10 ans, et 300 francs
par mois au-delà de cet âge.
Elle concerne les produits suivants : farine sans gluten,
pain sans gluten, pâtes sans gluten et biscuits
sans gluten.
- LAFDIAG
(lAssociation Française Des Intolérants
Au Gluten) aide les patients et leur famille à
observer un régime sans gluten. Elle propose des
réunions dinformation, fournit des listes
de magasins de produits diététiques ou de
sociétés de vente par correspondance. Elle
diffuse également la liste des médicaments
contenant du gluten, source potentielle décart
au régime.
AFDIAG : 2 rue de Vouillé, 75015 Paris. Tél
: 01 56 08 08 22.
Site Internet : www.AFDIAG.com
- Le
Groupe dEtude et de Recherche sur la Maladie Cliaque
(GERMC) a pour objectif de coordonner la recherche clinique,
de faciliter les échanges, de structurer et de
promouvoir les informations sur la maladie cliaque
au sein du monde médical et auprès du grand
public.
Correspondant : Pr. C. Cellier, Hôpital Européen
Georges Pompidou, 20 rue Leblanc, 75908 Paris CEDEX 15.
Site internet : www.maladiecoeliaque.com |
CONCLUSION
La
maladie cliaque est la seule situation clinique en gastro-entérologie
dont le traitement repose sur une prescription diététique
simple dans son principe, le régime sans gluten, mais difficile
à mettre en uvre compte tenu des contraintes sociales
quil impose. Un soutien médical, mais surtout diététique,
par du personnel formé et sensibilisé à ce
problème est indispensable. Les associations de patients
sont dune aide primordiale pour la réussite de cette
démarche.
Dr
Benoit COFFIN
Hôpital Louis Mourier, Colombes
BIBLIOGRAPHIE
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