 Dossier
L'organisation de la sécurité des aliments en France
Dr Dominique BAELDE
Secteur Nutrition
DGCCRF
L'émergence
de nouveaux risques et les nouvelles exigences des consommateurs
ont incité les pouvoirs publics, en collaboration avec
les instances scientifiques, à élaborer une réglementation
assurant la sécurité des aliments.
Evoluant avec la progression des connaissances et les innovations
du marché, ce nouveau droit alimentaire ne
peut s'imposer qu'avec l'engagement des professionnels et la vigilance
des consommateurs.
|
|
La
réglementation des denrées alimentaires vise
à assurer la sécurité et linformation
loyale du consommateur. Elle résulte de lévaluation
du risque par des instances scientifiques et de sa gestion
exercée par le pouvoir politique et ladministration.
Les responsables de la mise sur le marché de tout
aliment se doivent de veiller à ce qu'il soit conforme
à la réglementation en vigueur et quil
ne porte pas atteinte à la sécurité
du consommateur.
Les textes réglementaires prévoient les procédures
dévaluation nécessaires.
Plusieurs organismes, français et européens
(communautaires), gèrent en permanence la sécurité
des aliments.
|
Obligations
réglementaires
Le
droit alimentaire, très normatif, est doté dun
arsenal juridique pénal. Il couvre toutes les opérations
réalisées par les professionnels depuis la matière
première de base jusquau produit fini délivré
au consommateur.
Toute denrée alimentaire est soumise aux dispositions générales
du Code de la Consommation en matière dobligations
de conformité (article L. 212-1), de sécurité
(article L. 221-1) et de publicité non trompeuse (articles
L.121-1 et suivants) ainsi quaux dispositions générales
concernant la sécurité (articles L 221-2 à
L 223-2), les tromperies et les falsifications (articles L 213-1
et L 213-3).
De plus les aliments sont soumis à des textes concernant
une problématique commune, comme par exemple l'incorporation
de substances chimiques (additifs à but technologique,
substances nutritives, édulcorants
), daliment,
dingrédient, ou les procédés de fabrication
non traditionnels en Europe.
Le législateur a en effet estimé que la seule manière
dassurer la sécurité du consommateur était
de rendre obligatoire lévaluation toxicologique et
nutritionnelle de ces éléments. Lorsquils
ne posent pas de problème, ils sont autorisés par
voie réglementaire sous forme de liste dite positive
: tous les autres voient a contrario leur utilisation interdite.
Evaluation
scientifique
Le
droit alimentaire est fondé sur des connaissances scientifiques
actualisées et consensuelles dans les domaines de la toxicologie,
de la biochimie, de la microbiologie, de la nutrition
.
Importants et divers, les besoins dévaluation scientifique
peuvent être prévus par les procédures réglementaires
elles-mêmes. Cest le cas lors de lélaboration
de textes réglementaires techniques (définition
de la composition des laits pour bébés par exemple)
et pour lautorisation demploi dans les aliments de
substances chimiques, daliments ou dingrédients
non traditionnels.
La survenue de risques nouveaux de santé publique, comme
lencéphalopathie spongiforme bovine (ESB), nécessite
une évaluation du risque afin déclairer les
pouvoirs publics sur les mesures à prendre
pour protéger la population.
En France, la loi no 98-535 du 1er juillet 1998 relative au renforcement
de la veille sanitaire et du contrôle de la sécurité
sanitaire des produits
destinés à lhomme, a réorganisé,
notamment, lévaluation scientifique
pour la chaîne alimentaire.
Elle a créé pour cela lAgence Française
de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA), opérationnelle
depuis mars 1999. Le champ de compétence de lAFSSA
couvre lévaluation des risques pour lensemble
de la chaîne agroalimentaire, depuis la production jusquau
produit fini, incluant lalimentation et la santé
animale, ainsi que les eaux de boisson (eau potable et eaux en
bouteille).
Repartis en 10 comités, les experts chargés de lévaluation
scientifique, chercheurs, médecins, vétérinaires,
conservent par ailleurs leur activité professionnelle.
|
LES
ORGANISMES GÉRANT LA SÉCURITÉ DES ALIMENTS
EN FRANCE
|
Agence
Française de Sécurité Sanitaire
des Aliments (AFSSA) :
instance dévaluation scientifique au plan
national.
Direction Générale de la Concurrence,
de la Consommation
et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) :
administration
par laquelle transitent les demandes dévaluation
effectuées par les
professionnels.
Par ailleurs, ses services sont chargés du contrôle
des denrées alimentaires
et participent à lélaboration des
textes français et communautaires
sur les aliments. |
|
|
ORGANISATION
DES INSTITUTIONS AFIN DASSURER LA SÉCURITÉ
DES ALIMENTS
|
Elaboration
de la réglementation
- Responsables politiques
- Ministère de lEconomie, des Finances
et de lIndustrie (DGCCRF)
- Ministère de lAgriculture et de
la Pêche (DGAL)
- Ministère chargé de la Santé
(DGS) | >
< |
Evaluation
scientifique
- Agence Française de Sécurité
Sanitaire des Aliments (AFSSA) |
|
|
ORGANISATION
DES INSTITUTIONS
Le
pouvoir politique et lopinion publique ont souhaité
une séparation entre les instances chargées de lévaluation
des risques et de lexpertise scientifique sur des sujets
de santé publique et les instances chargées de la
gestion des risques, cest-à-dire de la décision
politique et de sa traduction réglementaire.
Cest pourquoi ont été créées
les Agences dévaluation dans le champ de lalimentation,
alors que jusque-là les comités dexperts spécialisés
étaient placés sous légide des administrations
de tutelle.
LAFSSA peut être saisie par les différents
ministères impliqués dans la réglementation
relative aux denrées alimentaires (la DGCCRF pour le ministère
de lEconomie, des Finances et de lIndustrie, la Direction
Générale de lAlimentation pour le ministère
de lAgriculture et de la Pêche et la Direction Générale
de la Santé pour le ministère chargé de la
Santé) ou par les associations de consommateurs. L'AFSSA
possède également une capacité dautosaisine
sur tout sujet relevant de sa compétence. Les administrations
interrogent directement lAFSSA sur les questions majeures
de santé publique : encéphalopathie spongiforme
bovine, marée noire et impact sur les poissons et les coquillages,
dioxine...
|
MODALITÉS
DAUTORISATION DEMPLOI ET DÉVALUATION
|
|
|
|
LES
CONNEXIONS ENTRE LES INSTANCES FRANÇAISES ET COMMUNAUTAIRES
|
| 1. |
Les
services de la DGCCRF sont pilotes dans lélaboration
des textes réglementaires sur bon nombre
de denrées alimentaires au plan national
et communautaire. Ils participent aux travaux
de négociations des textes communautaires.
Dans le cadre des procédures prévues
par la réglementation communautaire concernant
lévaluation des nouveaux aliments,
nouveaux ingrédients et nouveaux procédés
de fabrication, lAFSSA est amenée
à examiner des demandes en lien avec
les instances communautaires dévaluation
scientifique. Nul doute quavec la future
Autorité alimentaire européenne
les occasions déchanges se multiplieront.
|
| 2. |
Les
services de la Commission Européenne
soumettent aux instances communautaires dévaluation
scientifique leurs demandes davis sur
des sujets de santé publique ou sur des
demandes dautorisation demploi de
substances chimiques ou de nouveaux ingrédients,
aliments ou procédés de fabrication
(organismes génétiquement modifiés,
par exemple). Lorsque la réglementation
dans un domaine a fait lobjet dune
harmonisation et quelle est donc commune
pour lensemble des Etats membres, il existe
bien souvent des procédures qui prévoient
les modalités de consultation des comités
scientifiques nationaux.
|
| 3. |
Au
niveau de la Commission européenne, lévaluation
scientifique des aliments dépend du Comité
Scientifique Directeur. Il coordonne le fonctionnement
de plusieurs comités scientifiques dont
le Comité Scientifique de lAlimentation
Humaine. Le travail de ces comités devrait
être transféré en 2002 à
une Autorité alimentaire européenne.
Les relations entre cette future agence européenne
et les agences nationales restent à définir.
Les avis des instances dévaluation
sont publiés rapidement sur leur site
Internet.
|
|
|
La
DGCCRF se charge du contrôle de la conformité des
denrées alimentaires à la réglementation
en vigueur. Ses services reçoivent les demandes dautorisation
demploi déposées par les professionnels et
les transmettent à lAFSSA afin de recueillir son
avis. Selon ce dernier, la DGCCRF engage les actions qui simposent
après notification au professionnel de sa décision
: nouvelle autorisation demploi fixée par voie réglementaire,
notification à la Commission Européenne de ces nouvelles
dispositions, poursuites contentieuses, retrait des produits du
marché
Le Conseil National de Sécurité Sanitaire, directement
rattaché au Premier ministre, rassemble les représentants
de lévaluation scientifique et ceux des administrations
concernées et veille à la coordination des actions.
CONCLUSION
La
progression des connaissances scientifiques, les innovations du
marché, lémergence de nouveaux risques et
les nouvelles exigences du consommateur, font que la réglementation
des denrées alimentaires est nécessairement évolutive.
En France comme au sein des services de la Commission Européenne,
le pouvoir politique, assisté de ladministration,
joue un rôle dimpulsion, de prise de décision
et de sa traduction en terme réglementaire.
Les instances scientifiques interviennent en matière dévaluation,
dexpertise, de veille et dalerte.
Par ailleurs les professionnels sengagent de plus en plus
dans une démarche de traçabilité des matières
premières et des ingrédients incorporés dans
leurs produits. Cependant, le consommateur reste un acteur à
part entière de la gestion de la sécurité
des aliments en respectant la chaîne du froid, en veillant
aux conditions de stockage des denrées et à lhygiène
des réfrigérateurs et du matériel de cuisine.
Dr
Dominique BAELDE
Secteur Nutrition
Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation
et de la Répression des Fraudes (DGCCRF)
REFERENCES
-
Agence Française de Sécurité Sanitaire des
Aliments (AFSSA).
23, Avenue du Général de Gaulle,
B.P. 19 , 94701 Maisons-Alfort
Cedex.
- Code de la Consommation.
Direction des Journaux Officiels. 26, rue Desaix.
75727 Paris Cedex 15.
- Commission Européenne.
Rue de la loi, B-1049
Bruxelles, Belgique.
- Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation
et de la Répression des Fraudes (DGCCRF).
59, Boulevard Vincent Auriol, 75013 Paris.
|