 Tribune
Prise de poids et ménopause : coïncidence ou fatalité ?
Selon une étude européenne récente évaluant l’incidence des événements hormonaux sur les variations pondérales,
la ménopause arrive au second
rang après la grossesse : 44 % des européennes
disent avoir pris du poids (en
moyenne 7,8 kg) au moment de la
ménopause.
La réalité du phénomène est difficile à
évaluer car les données épidémiologiques
sont rares. Les études d’intervention
(traitement hormonal substitutif)
fournissent des données variables et
souvent discordantes sur la relation
entre carence œstrogènique et variation
de poids. Plusieurs hypothèses ont
été formulées et de nombreux facteurs
peuvent interagir pour modifier le
poids en période ménopausique.
La réduction des trois postes de la
dépense énergétique totale influe sur
les modifications pondérales. Ainsi, la
dépense énergétique de repos diminue
du fait de la réduction de masse
maigre avec l’âge. La dépense énergétique
liée à l’activité physique se réduit
car on bouge moins et on a moins de
muscles. Enfin, chez certaines, les
modifications du comportement alimentaire
(apport restreint en protéines
alors qu'est privilégiée la consommation
de glucides simples et de lipides
moins oxydés) concourent à abaisser la
thermogenèse.
Au total, des apports identiques voire
supérieurs (grignotage, préférence pour
les aliments sucrés et gras) et une
dépense énergétique abaissée favorisent
l’augmentation de la masse grasse.
A cette période de la vie, les femmes
ne sont pas toutes égales devant la
balance. En cas d’excès pondéral préexistant,
de prise de poids au cours des
grossesses, de contexte familial d’obésité,
de stress, de dépression, d’autorégimes
à répétition, la ménopause
peut constituer une sorte d’accélérateur
dans la progression pondérale due
à l’âge. La ménopause a également des
effets sur la morphologie : en l’absence
de sécrétion d’œstrogènes, les graisses
ne sont plus stockées sur les hanches
et les cuisses, mais préférentiellement
au niveau de l’abdomen avec une augmentation
du rapport taille/hanches
corrélée à une élévation du risque cardio-
vasculaire.
La prise de poids à la ménopause se
prévient mieux qu’elle ne se traite.
Faute de données scientifiques permettant
de mieux faire la part de ce
qui revient en propre à la ménopause,
à l’âge, à la prédisposition génétique,
aux modifications du comportement
alimentaire, on peut conseiller à toutes
les consultantes de "manger mieux et
bouger plus".
Ainsi, non seulement les femmes
vivront plus longtemps que les
hommes mais elles vieilliront encore
plus en forme(s)...
Dr Martine PELLAE
Hôpital Bichat, AP-HP, Paris
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