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PUBLICATIONS
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OBJECTIF NUTRITION N°63 (Mai 2002) |
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ALLERGIES ALIMENTAIRES EN PEDIATRIE |


 Dossier
Les allergies alimentaires en pédiatrie
Pr. Jean NAVARRO
Hôpital Robert Debré, AP/HP, Paris
Dans la première enfance, les allergies alimentaires concernent essentiellement les protéines du lait de vache.
Un régime d'exclusion aboutit dans la majorité des cas à une régression symptomatique, l'allergie évoluant sinon vers la guérison dans un délai de 9 à 18 mois. Toutefois, avec l'âge, d'autres allergies alimentaires peuvent apparaître, parfois associées, souvent dangereuses, et nécessitant elles aussi un régime d'éviction des protéines allergisantes, pas toujours aisé à mettre en uvre.
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Focus
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| L'allergie aux protéines du lait de vache ne peut être traitée que par exclusion des protéines responsables. Elle ne se traite pas par les techniques de désensibilisation.
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Les réactions aiguës "allergiques" aux protéines animales et en particulier aux protéines du lait de vache sont aisément identifiables et connues de longue date. Depuis quelques dizaines dannées, on décrit en outre des manifestations chroniques et retardées sans doute en raison de lutilisation de plus en plus importante daliments de substitution et en particulier de laits infantiles chez le nourrisson.
L'allergie aux protéines du lait de vache
La fréquence de lallergie au protéines du lait de vache est très variable de 0,3% dans la population générale jusquà 7,5% chez les enfants nés de parents atopiques.
La fréquence de latopie familiale va de 10 à 70% selon les critères retenus. Cliniquement, cette atopie familiale sexprime essentiellement par de leczéma, de lurticaire, de lasthme, des rhinites spasmodiques saisonnières, des réactions médicamenteuses, beaucoup plus que par des réactions digestives. Dans une étude portant essentiellement sur les formes digestives, ces manifestations sont observées dans 95% des cas dans les dix premiers jours de la vie.
Lapparition des premières manifestations varie de quelques minutes ou quelques heures après ladministration du tout premier biberon de lait, à quelques mois.
Enfin, il peut y avoir des formes tardives, même au-delà de 5 ans.
Manifestations cliniques
Les formes aiguës hyperréaginiques à médiation IgE, où les manifestations sont immédiates (0 à 1 heure après administration des protéines du lait de vache) et les formes intermédiaires (1 à 24 heures après) associent choc anaphylactique, fièvre, vomissements, diarrhée profuse, dèmes ou rash cutanés. Les formes retardées (hypersensibilisation de type IV à médiation lymphocytaire T) aboutissent le plus souvent au bout de plusieurs semaines ou plusieurs mois, à un tableau dentéropathie par sensibilisation aux protéines du lait de vache avec diarrhée chronique, cassure de la courbe de poids et syndrome de malabsorption intestinale comparable à la maladie cliaque.
En fait, les deux types de manifestations, aiguës et chroniques, peuvent se succéder chez le même patient.
La diarrhée est le plus fréquent des symptômes digestifs, observée dans 50 à 90% des cas et inaugurale dans la moitié. Elle est très variable, depuis la diarrhée brutale, explosive, liquide voire sanglante, éventuellement accompagnée de geignements douloureux et de météorisme abdominal, jusquà des selles simplement abondantes et molles ou pâteuses. Le plus fréquemment, une diarrhée chronique s'installe après un début insidieux et progressif.
Les vomissements, deuxième grand symptôme digestif observé, précédent fréquemment la diarrhée (plus de 25% des cas). Leur corrélation avec la prise de lait de vache est souvent facile à établir.
Lanorexie, plus inconstante, est exceptionnellement isolée (<1%).
Enfin, la symptomatologie peut parfois être dominée par une distension ou des douleurs abdominales paroxystiques.
Les manifestations oropharyngées sont rares mais très évocatrices :
rougeurs péribuccales (et curieusement périanales), prurit buccal, lésions aphtoïdes buccales pouvant sassocier à des fissures de la muqueuse et parfois à un dème angiotoxique.
Données anatomo-pathologiques
Latrophie villositaire intestinale reste plutôt modérée dans la plupart des formes chroniques dentéropathie par sensibilisation aux protéines du lait de vache. Les lésions histologiques peuvent se limiter à une infiltration cellulaire à plasmocytes de la lamina propria (en particulier plasmocytes à IgE).
Fréquemment, les lésions apparaissent focalisées. Dans les cas les plus sévères, latrophie villositaire, subtotale ou totale, se montre aussi prononcée que dans la maladie cliaque mais il ny a pas dhypertrophie des cryptes.
Les examens biologiques essentiels
Lhyperéosinophilie est bien inconstante.
Il faut donc étudier la réponse à IgE. Létude des IgE spécifiques par RAST (dosage des IgE sériques spécifiques de lallergène) dans les formes à la fois digestives et générales (eczéma et asthme) savère avoir une sensibilité denviron 70%, mais une valeur prédictive positive faible.
Les prick-tests (tests de provocation cutanés) donnent des réponses variables selon les allergènes (60% à 80% de positivité). Le test de transformation lymphoblastique est positif dans 60 à 80% des formes digestives subaiguës. Les tests de perméabilité digestive sont discutés. Ceci valorise les épreuves de provocation.
Traitement :
le régime dexclusion Dans la majorité des cas, le retrait de toute protéine du lait de vache, ou dune façon plus générale, de toute protéine alimentaire réputée allergisante, aboutit à une régression symptomatique dans un délai de quelques jours à deux ou trois semaines. En effet, les techniques de désensibilisation ne s'appliquent pas ou très mal à l'allergie aux protéines du lait de vache. On a pu cependant observer des intolérances en rapport avec la
consommation dhydrolysats partiels de protéines du lait de vache.
Ceci illustre bien le fait que ces formules restent allergisantes.
Le rattrapage statural est décalé, parfois de plusieurs mois. La réparation des lésions histologiques est plus lente que la guérison clinique
ou biologique.
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INTOLÉRANCE ET ALLERGIE
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Il faut distinguer dans les réactions liées aux aliments :
Les allergies vraies (médiées par une réaction immunologique) :
à IgE (troubles digestifs aigus, eczéma, asthme, réaction anaphylactique),
de type cellulaire (type IV) plus progressive, avant tout digestive.
Les intolérances :
déficit enzymatique (type déficit en lactase ou sucrase),
fausses allergies à la tyramine des fromages et à lhistamine de certains aliments (thon, poissons séchés, charcuterie),
intolérance au gluten (maladie cliaque),
réactions toxiques (toxines bactériennes), par abus de langage.
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Encadré 1
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LES ÉPREUVES DE RÉINTRODUCTION
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La réintroduction des protéines du lait de vache à des fins diagnostiques a été longtemps prônée comme seule preuve objective de l'allergie.
Goldman et coll. avaient défini des critères relativement sévères : les symptômes devaient disparaître après suppression du lait de vache puis réapparaître dans les 48 heures suivant la réintroduction ; les réactions devaient être observées à trois reprises et être identiques dans leur symptomatologie et leur déroulement.
Cette méthodologie exposait à des erreurs dinterprétation liées à la pathologie intercurrente, à des risques de choc anaphylactique et à la pérennisation des troubles (diarrhée sévère prolongée). Dans ces conditions, on estime que cette pratique, potentiellement dangereuse, nest plus justifiée et que lon peut se limiter à une seule épreuve.
Toutefois, lallergie aux protéines du lait de vache évoluant spontanément vers la guérison dans des délais qui varient de 9 à 18 mois pour la plus grande majorité des cas, il importe, si lon tient à cette épreuve diagnostique, de la pratiquer à une période où les possibilités de réaction sont encore importantes (en loccurrence avant lâge de 12 à 14 mois). Cet impératif peut se trouver en contradiction avec les précautions requises par létat du nourrisson et il peut arriver que le diagnostic d'allergie aux protéines du lait de vache ne soit jamais confirmé.
Dans tous les cas, la réintroduction doit se faire sous surveillance médicale, idéalement sous perfusion installée, en étant prêt à traiter tout symptôme réaginique. Certains auteurs prônent des essais en double aveugle (capsules comportant des protéines du lait de vache ou du lait en poudre) pour éviter toute interprétation erronée. |
Encadré 2
Evolution des allergies alimentaires en fonction de l'âge
Lallergie aux protéines du lait de vache est dominante chez le nourrisson.
Elle disparaît passé lâge de 2 ans chez limmense majorité des patients. Avec lâge cependant, léventail des sensibilisations aux autres protéines augmente significativement.
On peut observer, dans un deuxième temps, la survenue dallergies à dautres protéines (riz, soja, gluten,
uf, crustacés, poissons...). La forte allergénicité des protéines du soja, en particulier chez les sujets allergiques aux protéines du lait, justifie leur éviction dans une situation pathologique. On a beaucoup insisté récemment sur les allergies à larachide qui peuvent prendre une allure anaphylactique, exposant à des risques vitaux (huile darachide présente dans lexcipient de certains médicaments).
Enfin, la proportion dexpressions autres que digestives (eczéma, urticaire, asthme) dun terrain atopique est forte dans ces populations (15 à 30% des cas selon les séries).
Les allergies alimentaires peuvent également apparaître isolément, chez des enfants ou des adolescents sans allergie préalable aux protéines du lait de vache.
Plus tardivement, on observe des allergies aux céleris, agrumes, fraises, mais aussi aux colorants et additifs alimentaires.
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DIVERSIFICATION ALIMENTAIRE ET ALLERGIES
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Lorsque l’allergie aux protéines du lait de vache est averée, il faut avoir recours au lait de femme ou aux hydrolysats poussés de
protéines. Les laits “hypoallergéniques” ne doivent pas être utilisés.
Les préparations à base de soja sont déconseillées, car elles exposent au risque d’allergie croisée et apportent des phyto-œstrogénes.
En cas d’atopie familiale connue, le risque d’allergie(s) chez le nourrisson peut être réduit par certaines mesures diététiques :
Un effet suspensif remarquable a été en particulier obtenu pour l’eczéma par ces régimes à base d’hydrolysats.
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Encadré 3
Conclusion
Les allergies alimentaires en pédiatrie sont dominées dans la première enfance par celles aux protéines du lait de vache.
Dans la très grande majorité des cas, le diagnostic est établi par un faisceau darguments : terrain, association dans le domaine de latopie (eczéma, asthme), relation avec la prise de protéines, arguments biologiques et éventuellement anatomiques.
Le traitement se résume à léviction complète de ces protéines.
En règle générale, cette réactivité est transitoire. Avec lâge, dautres allergies alimentaires, parfois associées les unes aux autres, peuvent apparaître et dans certains cas savérer dangereuses (choc anaphylactique).
Pr. Jean NAVARRO
Hôpital Robert Debré, AP/HP, Paris
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Bibliographie
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- J. Navarro, J. Schmitz,
Allergies alimentaires in Gastro-entérologie pédiatrique, 2e édition Médecine Sciences Flammarion, Paris 2000 : pp 255-272
- ESPGAN Working group for the diagnostic criteria for food allergy : diagnostic criteria for food allergy with predominantly intestinal symptoms.
J. Pediatr Gastroenterol. Nutr. 1992 ; 14 :108-112
- Docena G.H., Fernandez R., Chirdo FG., Fossati C.A.
Identification of casein as the major allergenic and antigenic protein of cows milk. Allergy, 1996 ; 51 : 412-416
- Hill D.J, Hosking C.S, Cow milk allergy in infancy and early childhood. Clin. Exp. Allergy 1996 ; 26 : 243-246
- Navarro J., Cezard J.P,
Intolerance to cows milk proteins before the age of two diagnostic means incidence and evolution in milk tolerance and rejection.
In J. Delmond, ed., Milk intolerance and rejection. Karger, Bassel, 1983 ; pp 133-137
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