 Tribune
Restauration à service rapide : effets satiétogènes
On entend souvent dire que la restauration
à service rapide (« fast food ») ne
procurerait pas de satiété durable.
La satiété est une sensation complexe
qui suit un repas et se caractérise,
entre autres, par l’absence de faim et
de désir de manger. La satiété diminue
progressivement après un repas jusqu’au
retour de la faim. De multiples
facteurs déterminent le pouvoir satiétogène
des aliments et des repas. La
charge énergétique totale, la composition
nutritionnelle et la densité
énergétique (énergie par gramme ou
par unité de volume) jouent un rôle
important.
Toutes choses égales par ailleurs, la
satiété est proportionnelle à la charge
énergétique. A charge énergétique
égale, les protéines sont plus satiétogènes
que les glucides, qui le
semblent plus que les lipides. Toujours
à charge énergétique égale, les aliments
à forte densité énergétique
s'avèrent moins satiétogènes que les
produits à faible densité.
Les produits offerts par la restauration
rapide, souvent riches en lipides, ont
une densité énergétique élevée. Ils ne
sont pas différents en cela de beaucoup
d’aliments caractéristiques de
l’alimentation française. Les Français
consomment près de 40 % de lipides
dans leur alimentation. Ces apports
lipidiques élevés, associés à une faible
consommation de fruits et de
légumes, rendent notre alimentation
très dense en énergie. Il n’y a donc pas
de raison pour que les repas “fast food”,
qui représentent souvent une charge
énergétique conséquente, induisent
une satiété anormalement faible pour
une densité énergétique proche de
celle de l’alimentation courante.
Une étude ancienne avait établi que la
vitesse d’ingestion pouvait affecter la
taille d’un repas : manger vite un
aliment servi à volonté en faisait manger
plus. Cette observation, jamais
confirmée, ne s’applique pas aux repas
“fast food”, aux portions fixes. Par
ailleurs, la vitesse d’ingestion d’un repas
ne modifie en rien son pouvoir de
satiété.
Si la restauration à service rapide peut
inspirer bien des interrogations légitimes
(contenu nutritionnel, variété…),
le pouvoir satiétogène des produits
n’est pas en cause. Il n’existe aucune
preuve non plus que les aliments de
type “fast food” pervertissent le goût
des enfants et les empêchent de
s’intéresser aux saveurs plus “subtiles”
des aliments courants. On voit mal
comment un pauvre malheureux
hamburger pourrait avoir un tel pouvoir
maléfique si les parents assument
leurs rôles d’éducateurs et présentent
à leurs enfants des aliments agréables
et variés.
France BELLISLE
Hôtel-Dieu,
Paris
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