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Tribune
Le fer et les filles
La carence en fer touche environ un
milliard d’habitants sur la planète.
Dans notre pays, elle sévit particulièrement
chez les enfants et les adolescentes.
Le risque de carence en fer
peut apparaître dès les premiers mois
de la vie. À partir d’un stock d’environ
250 mg à la naissance, l’accrétion
quotidienne doit permettre au cours
des années suivantes de l’élever à
500 mg à l’âge de 2 ans, 1000 mg à
8 ans et à 30 à 40 mg/kg chez
l’adolescent puis l’adulte.
Une inadéquation entre les besoins
quotidiens de fer nécessaires à cette
évolution et des apports martiaux
souvent insuffisants dans l’alimentation
explique la fréquence des carences.
La méconnaissance du concept de
biodisponibilité des sources de fer
renforce les risques d’un déficit.
En effet, le fer présent dans la viande
ou le poisson est absorbé avec un
coefficient de 15 à 20 %, alors que le
fer d’origine végétale n’est, au contraire,
absorbé qu’à moins de 5 %. Dans ces
conditions, les populations dont les
apports alimentaires martiaux sont
inadaptés sur le plan quantitatif ou qualitatif
vont inévitablement évoluer vers
la carence : abandon des laits enrichis
en fer avant l’âge de 3 ans, ou insuffisance
de consommation de viande ou
de poisson dans les années ultérieures.
À cette notion d’apports insuffisants, vient s’ajouter celle du niveau des
besoins. En 2001, l’AFSSA a situé les
apports recommandés en fer à
10 mg/jour pour les enfants de 10 à
12 ans, à 13 mg/jour chez les adolescents
mais à 16 mg/jour chez les
adolescentes de 13 à 19 ans (les pertes
menstruelles peuvent représenter 0,5 à
1 mg supplémentaire par jour). Il apparaît
clairement que les jeunes filles
cumulent les risques d’un déficit d’apport
et celui de besoins plus élevés que
ceux des garçons ; leur alimentation
est souvent beaucoup moins riche
en fer que celle des garçons, comme
des enquêtes récentes l’ont confirmé :
10 % de cette population présente des
risques de carence.
Lors des consultations annuelles ou biannuelles
de ces adolescentes, il est
donc utile d’aborder le difficile sujet de
leurs choix alimentaires ; ceci devient
urgent quand elles sont pâles, fatiguées,
que leur rendement scolaire ou physique
diminue et que surviennent des
infections à répétition. Pour corriger ou
prévenir ces carences, on tentera des
conseils diététiques simples : consommer
chaque jour de la viande ou du
poisson, mais aussi des fruits et des
légumes, et si nécessaire on instaurera
un traitement médicamenteux.
Pr. Jean-François DUHAMEL
C.H.U. de Caen
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