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Tribune
Les édulcorants chez l'enfant :
utiles ou délétères?
En l’absence d’étude pédiatrique,
l’augmentation de la consommation
d'édulcorants intenses chez les
enfants et les adolescents amène à
s’interroger sur leur intérêt et leurs
effets possibles à ces âges. Leurs effets
chez les adultes obèses restent
d’ailleurs toujours controversés. La
question n'est pas celle de leur tolérance
puisque, à l’exception du cas
très particulier de l’aspartame chez
les enfants phénylcétonuriques, aucune
donnée n’indique qu’ils pourraient
avoir une toxicité, mais celle de leurs
conséquences sur les habitudes
et les comportements alimentaires.
Probablement utiles pour la prévention
des caries dentaires lorsqu'ils sont
incorporés dans des chewing-gums
ou autres bonbons, leur utilisation
dans le cadre de l’obésité reste certainement
très contestable. L’objectif
de la prise en charge des enfants
obèses n’est pas de leur faire perdre
rapidement quelques kilos par la
diminution artificielle des apports
caloriques, mais de les aider, ainsi que
leurs familles, à modifier durablement
leur mode de vie par l’apprentissage
d’une alimentation naturelle équilibrée,
adaptée aux besoins. On peut à
la rigueur considérer que la consommation
de boissons “légères”, sans
excès et pendant une période de
temps limitée, peut aider certains
enfants obèses à un “sevrage” progressif
des sodas. Mais la consommation
prolongée et régulière de ces boissons
ou d’autres aliments “diététiques”, ne
peut avoir qu’un effet pervers, contreéducatif,
en dissociant leurs caractéristiques
sensorielles de leurs propriétés
nutritionnelles et de leurs effets postingestifs.
Quant à la consommation
de ces produits par des enfants ou
surtout des adolescents de corpulence
normale mais soucieux de prévenir la
survenue d’un éventuel surpoids, elle
n'a bien sûr pas de justification nutritionnelle.
Elle est même susceptible
de participer au déséquilibre alimentaire
car ces produits promus comme
“diététiques” risquent d'être considérés
comme autorisés sans modération.
Cette consommation peut même dans
certains cas devenir préoccupante
lorsqu'elle se révèle systématique et
participe à un comportement plus
global de restriction obsessionnelle.
Pr. Jean-Philippe GIRARDET
Hôpital d'enfants
Armand - Trousseau,
AP - HP, Paris
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