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Tribune
L’alimentation de l’enfant :
quelles influences ?
Manger est un acte vital qui dépasse le
concept d’apprentissage puisqu’il s’agità
la fois de se nourrir, de se faire plaisir
et de se socialiser. Or, l’acte alimentaire
est d’autant plus complexe qu’il met en
interaction permanente enfant, parents
et environnement.
L’enfant connaît très vite les messages
essentiels ; ses compétences naturelles
et ses caractéristiques individuelles
font qu’il va développer tout au long
de sa maturation des représentations
et des comportements alimentaires
afin de s’adapter au groupe social et
affectif auquel il appartient. En matière
d’apprentissage, le processus d’imitation
sera pour lui la voie royale : une
imitation dépourvue de passivitéallant de “l’imitation copie” à “l’imitation
intentionnelle” en passant par "l’imitation
instrumentalisée". Les modalités
de cette imitation évoluent de la
naissance à l’adolescence en fonction
des capacités de l'enfant et de son
appréhension du monde.
Les parents créent le climat émotionnel
et affectif autour de la nourriture : la
famille est le lieu de l’exemple et de
la référence. À elle incombe la tâche
de proposer à l’enfant des choix
alimentaires qui, tout en tenant
compte d’un certain équilibre nutritionnel,
favorisent l’évolution de ses
goûts. Cette éducation alimentaire est
indispensable car, comme dans tous
les domaines éducatifs, on ne peut
laisser l’enfant entièrement libre de
ses choix : il a besoin d’un cadre, de
limites, que seuls ses parents sont à même de lui
transmettre.
L’environnement est le partenaire le
plus énigmatique de l’enfant. Ainsi, à l’école
on veut “enseigner” la nutrition,
alors que c'est le lieu par excellence de
la socialisation alimentaire : acquérir de
nouvelles habitudes, être sensibilisé à des
goûts différents, manger avec de
nouveaux modèles (pairs et adultes),
autant de situations qui vont permettre à
l’enfant de s’affirmer socialement tout
en devenant un convive à part entière.
Quant aux médias, il est très préoccupant
de constater qu'ils exposent l'enfant
très tôt de façon régulière
et répétée à
une argumentation alimentaire
beaucoup plus séductrice qu’informative.
Cette argumentation oublie trop
souvent la dimension "santé" inhérente à
une prévention nutritionnelle.
Si l’on veut donner une éducation
nutritionnelle à nos enfants, il faut
donc tenir compte du particularisme
de chaque étape de leur évolution,
du processus de transmission familiale,
et les aider à développer leur esprit
critique face à toutes les sources d’informations
qui interviennent dans la
socialisation à la consommation et à l’économie.
Marlène Dreyfus
Docteur en psychologie
Hôpital Armand Trousseau, AP-HP, Paris
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