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PUBLICATIONS
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OBJECTIF NUTRITION N°76 (Juin
2005) |
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L’alimentation
dans le diabète
insulinodépendant
de l’enfant |
Dossier
L'alimentation dans le diabète
insulinodépendant de l'enfant
Pr. Jean-Jacques Robert
Hôpital Necker-Enfants Malades, AP-HP,
Paris
L'alimentation
est un élément essentiel
du traitement du diabète chez
l'enfant, qui doit d'abord avoir une
alimentation équilibrée,
comme toute sa famille. Cependant, le
jeune qui a un diabète doit particulièrement
veiller au rythme des repas et des injections
d'insuline. Toute la difficulté est
de trouver un équilibre entre
insuline, alimentation et activité physique.
L'éducation nutritionnelle et la prise
en charge de l'enfant qui a un diabète
reposent sur une équipe hospitalière
pluridisciplinaire mais aussi sur un réseau
d'intervenants : famille, associations, médecin
traitant.
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Focus
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Le traitement
du diabète insulinodépendant
consiste à remplacer l'insuline
que le pancréas ne produit
plus, selon un rythme correspondant
aux besoins, principalement dépendant
des repas.
Il tient également compte
de l'activité physique,
bénéfique sur l'action
de l'insuline, mais qui en fait
varier les besoins.
La diététique,
complément du traitement,
a comme objectif d'assurer un
apport alimentaire régulier,
pour limiter les variations glycémiques,
et un bon équilibre nutritionnel.
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L'alimentation
des enfants atteints de diabète insulinodépendant
(DID ou diabète de type 1) repose
sur quelques règles simples :
- L'apport de glucose doit
correspondre aux besoins encore accrus
par la croissance. Il ne faut donc pas
tenter de normaliser la glycémie
en réduisant l'apport en glucose,
mais d'adapter les doses d'insuline aux
apports nécessaires.
- Les aliments glucidiques
ne sont plus simplement divisés
en glucides simples et complexes, ils
ont été “reclassés“ grâce à l'index
glycémique (qui quantifie leur
pouvoir hyperglycémiant réel)
: celui-ci diminue notamment lorsque
l'aliment est riche en fibres ou ingéré lors
d'un repas.
- L'alimentation de l'enfant
atteint de DID ne doit pas être
fractionnée a priori, mais surtout
synchronisée à l'action
des insulines : après une injection
d'insuline rapide, il faut prendre rapidement
un repas ; à l'inverse, une prise
alimentaire au milieu de l'action d'une
insuline lente aura un effet hyperglycémiant
marqué.
À partir
de ces quelques règles, on peut fixer
les principaux objectifs de la prise en charge
de l'enfant diabétique.
█ L'ALIMENTATION ÉQUILIBRÉE,
POUR TOUTE LA FAMILLE
L'enfant qui
a un diabète doit avoir une alimentation équilibrée,
comme tout le monde.
Cette alimentation est conseillée
au reste de famille : il ne doit pas être
nécessaire de composer des menus à part.
Les entretiens avec la diététicienne
permettent d'évaluer les habitudes
alimentaires de la famille. Si les habitudes
sont bonnes, il n'y a pas grand-chose à changer
; s'il y a des erreurs alimentaires (tableau
1) c'est l'occasion de les corriger. Le reste
de la famille doit participer à ce
changement, afin que le jeune diabétique
n'ait pas le sentiment d'être à l'écart.
Les parents doivent se convaincre que les
enfants sont capables de prendre des habitudes
alimentaires un peu différentes, sans
que cela soit vécu comme une contrainte
ou une punition.
Tableau 1 : Les
erreurs alimentaires les plus fréquentes,
pour l'enfant et sa famille
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Trop de calories
|
beaucoup de gens mangent
plus que leur besoin |
| Trop d'aliments gras |
chips, fritures, cacahuètes,
mayonnaise… |
Trop d'aliments protidiques
(et de graisses cachées) |
charcuterie, fromage,
certaines viandes... |
| Trop de produits sucrés |
boissons sucrées
(y compris jus de fruits),
sucreries mais aussi pâtisseries
et barres chocolatées, riches
en graisses. |
| Pas assez de féculents |
|
| Pas assez de fruits
et de légumes |
|
| Pas assez de lait
et de produits laitiers |
|
| Pas assez d'eau pure |
|
| Grignotage entre les
repas |
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Base de l'alimentation,
les aliments glucidiques doivent apporter
plus de la moitié des besoins en énergie.
Consommer assez
de glucides (250 à 300 grammes par
jour), ne veut pas dire n'importe quels glucides
:
- Les aliments glucidiques de base, céréales
(pain, pâtes, riz, semoule), pommes
de terre et légumes secs, apportent
beaucoup de glucides, mais aussi pour
la plupart des protéines, des
vitamines et des minéraux, et
pas de graisses. Ils sont indispensables
pour équilibrer l'alimentation
au même titre que les légumes
et les fruits, riches en vitamines, minéraux
et fibres, et le lait, source de calcium.
- Les produits sucrés, très
riches en énergie (sucre, ou sucre
+ graisse) n'ont pas d'intérêt
nutritionnel et leur consommation excessive
doit être limitée car elle
favorise le surpoids.
Les lipides
devraient couvrir 30% des besoins énergétiques.
Ils sont souvent consommés en excès.
Pour réduire la consommation de graisses,
on conseille :
- d'utiliser les cuissons sans matière
grasse : grillades, vapeur, papillote,
four, courtbouillon…
- de limiter les corps gras, fruits oléagineux,
pâtisseries.
- de limiter aussi les “graisses
cachées“ des viandes, charcuteries,
fromages, plats cuisinés.
On équilibre
au mieux l'apport lipidique en diversifiant
les sources alimentaires de graisses, et
en choisissant les graisses indispensables,
poly et mono-insaturées, ou riches
en vitamines (A, D, E).
Les protéines
ne devraient pas représenter plus
de 15% des apports caloriques, et ce d'autant
que beaucoup d'aliments protidiques contiennent
des quantités importantes de graisses.
Par ailleurs, l'excès de protides
semble favoriser le développement
de la néphropathie.
| Encadré 1
: OBJECTIFS DE LA PRISE EN CHARGE
DIÉTÉTIQUE |
- L'enfant qui a un diabète
ne doit pas être mis à l'écart
des autres enfants.
- Les besoins nutritionnels
sont les mêmes que
pour les autres enfants.
- L'alimentation doit assurer
:
- un bon équilibre
nutritionnel ;
- un apport alimentaire
régulier,
pour limiter les
variations de la
glycémie.
- L'alimentation équilibrée
est celle que l'on souhaiterait
pour tous les enfants ;
la diététicienne
doit d'abord corriger les
erreurs nutritionnelles les
plus courantes.
- Chaque repas apporte une
quantité d'aliments
glucidiques régulière
d'un jour à l'autre.
- En plus des trois repas principaux,
le rythme de l'alimentation
est adapté au schéma
de traitement :
- un repas doit être
pris après
une injection d'insuline
rapide ;
- la prise des collations
et du goûter
dépend du
type d'insuline utilisée.
- Les produits sucrés
sont consommés de
façon modérée,
occasionnelle, et pendant
les repas.
- Les édulcorants ne
sont pas particulièrement
recommandés ; il est
préférable
d'habituer l'enfant à des
saveurs non sucrées.
- En cas d'exercice physique,
la prise d'aliments énergétiques
supplémentaires est
justifiée si celui-ci
n'était pas prévu,
ou si l'exercice est intense
et de longue durée.
|
█ LES
RECOMMANDATIONS AU JEUNE QUI A UN DIABÈTE
La consommation
spontanée d'un individu varie beaucoup
d'un jour à l'autre. Ces variations
sont une adaptation aux changements d'activité physique.
Normalement, le pancréas adapte la
quantité d'insuline aux besoins de
l'organisme.
Dans le diabète, au contraire, une
fois que l'insuline est injectée,
elle exerce inéluctablement son activité,
selon une cinétique définie,
ce qui oblige à répartir l'alimentation
selon un rythme précis : manger quand
l'activité de l'insuline est forte
et s'abstenir quand elle est faible. Pour
que l'adaptation de la dose soit possible,
il faut aussi éviter les à-coups
alimentaires d'un jour à l'autre.
On ne peut pas manger n'importe quoi, n'importe
quand.
• Le
rythme des repas et des injections
Chaque injection
d'insuline d'action rapide doit être
suivie d'un repas contenant une ration suffisante
de glucides.
Ne pas prendre de repas après l'injection,
c'est une hypoglycémie à coup
sûr. Une collation est nécessaire
quand l'insuline a une action encore forte
trois heures après l'injection (insuline
rapide ou NPH), soit en pratique vers 10h
et 22h ; si on ne prend pas de collation,
on doit réduire la dose d'insuline
précédente pour éviter
l'hypoglycémie.
Avec certaines insulines (rapide et NPH),
l'intervalle horaire entre deux injections
(et deux repas) ne peut varier que dans certaines
limites.
Ainsi, après l'injection le matin
d'insuline rapide et de NPH, si on retarde
l'heure du déjeuner, on risque l'hypoglycémie
en fin de matinée.
Certains schémas de traitement permettent
plus de souplesse dans les horaires des injections
et des repas, et ne nécessitent généralement
pas la prise de collations : injections d'un
analogue rapide avant chaque repas, associées
aux analogues d'action prolongée ;
pompe à
insuline.
En fin d'après-midi, l'action de l'insuline
est très faible, avec la plupart des
schémas de traitement : un goûter
provoque toujours une très forte montée
de la glycémie. On peut, soit faire
une injection d'un analogue rapide avant
le goûter, soit ne pas goûter,
soit habituer les enfants à goûter
léger, sans produit céréalier
(mais souvent cela ne suffit pas à éviter
les hyperglycémies avant le dîner).
• Les
quantités
Les quantités
doivent limiter les trop grandes variations
de la glycémie, et éviter à la
fois les hyperglycémies et les hypoglycémies.
L'alimentation doit être assez régulière
d'un jour à l'autre pour pouvoir adapter
l'insuline, mais elle doit aussi varier avec
l'activité physique.
Trouver le juste équilibre entre l'insuline,
l'alimentation et l'exercice est précisément
tout le problème du traitement du
diabète.
Il ne suffit pas de tenir compte de la quantité de
glucides consommée, mais de l'effet
hyperglycémiant de l'alimentation. À ce
sujet, les études réalisées
sur le pouvoir hyperglycémiant des
aliments glucidiques, ou index glycémique,
ont eu le grand intérêt de remettre
de l'ordre dans bien des idées reçues.
On a ainsi montré que :
- des aliments riches en glucides simples
comme la crème glacée,
le chocolat ou les fruits ont un effet
hyperglycémiant modéré ;
- des féculents riches en glucides
complexes, comme la pomme de terre longtemps
recommandée par les diabétologues,
ont presque le même pouvoir sucrant
que le glucose ;
- le concept même de “sucres
lents” ne correspond pas à grand
chose, puisque leur effet sur la glycémie
n'est pas très prolongé par
rapportà celui des sucres dits “rapides“.
Traduire les
index glycémiques en termes pratiques
s'avère assez difficile, d'autant
que les différences entre les aliments
glucidiques tendent à être moins
nettes dans des repas complets. Ainsi, le
pain et le riz, plus hyperglycémiants
que les pâtes et les légumes
secs le sont moins lorsqu'ils accompagnent
les aliments riches en fibres.
De plus en plus
souvent, on doit aussi aborder le problème
des quantités pour limiter une prise
excessive de poids. Les jeunes atteints de
DID subissent la tendance générale à l'augmentation
de la fréquence du surpoids et de
l'obésité.
Le problème se rapproche alors de
celui du diabète de type 2, l'objectif
essentiel du traitement étant de réduire
l'excès de poids par l'effet conjugué de
la diététique et de l'activité physique.
Il existe plusieurs
façons d'évaluer les quantités.
Les pédiatres et les diététiciennes
de la Commission Pédagogique de l'Aide
aux Jeunes Diabétiques (AJD) ont fait
le choix d'une règle simple pour stabiliser
la quantité de glucides d'un repas
:
féculents
= légumes + pain =
légumes + un peu de
féculents + un peu de pain
Il est également
utile de connaître la correspondance
entre les principaux féculents, en
employant les unités ménagères
(cuillerées, tasses...). Les autres
moyens d'évaluer les quantités,
comme la pesée des aliments ou le
calcul des glucides alimentaires, ne sont
pas utilisés de façon habituelle
au début du traitement.
Un dessert sucré peut
occasionnellement être pris, à la
fin d'un repas, à condition que le
repas reste équilibré.
Pour les collations
et le goûter, l'AJD a réalisé des
fiches proposant un choix d'aliments sensiblement équivalents
en fonction de l'âge de l'enfant et
de ses habitudes alimentairesé valuées
par la diététicienne.
Tableau
2 : Liste des insulines les
plus couramment utilisées
chez l'enfant
|
Insulines
d'action rapide
|
Actrapid |
6
heures |
| Insuman
Rapide |
idem |
| Umuline
Rapide |
idem |
| Analogues
rapides |
Humalog |
3-4
heures |
| Novorapid |
idem |
| NPH |
Insulatard
NPH |
12
heures |
| Insuman
NPH |
idem |
| Umuline
NPH |
idem |
| Analogues
lents |
Levemir |
12-24
heures |
| Lantus |
24
heures |
• L'ÉDUCATION
DE L'ENFANT DIABÉTIQUE
La prise en
charge de l'enfant atteint de DID (et de
ses parents) nécessite une équipe
pluridisciplinaire comprenant médecins,
infirmières, diététiciennes
et assistantes sociales formés à la
prise en charge globale du diabète.
Cette équipe, le plus souvent hospitalière,
apporte à l'enfant et à ses
parents les connaissances indispensables
sur le diabète et les règles
de sécurité fondamentales,
notamment en cas d'hypoglycémie (encadré 2).
| Encadré 2
: QUE FAIRE EN CAS D'HYPOGLYCÉMIE
? |
|
Absorber ou faire absorber à l'enfant
du sucre (sucre, éventuellement
boissons sucrées). Le
sucre fait remonter la glycémie
rapidement, et évite que
l'hypoglycémie ne s'aggrave
dans les premières minutes
suivant son apparition. Une fois
les signes d'hypoglycémie
disparus, au bout de quelques
minutes, la prise du repas, de
la collation, ou d'un morceau
de pain évite la rechute
de l'hypoglycémie.
|
Cette éducation,
nécessairement évolutive avec
l'âge de l'enfant, et assurée
par un réseau d'intervenants repose
sur des supports éducatifs, des conseils
ou une prise en charge spécifique
(sport, loisirs), qui permettent à l'enfant
de mener une vie sociale quasi-normale tout
en respectant l'essentiel du traitement de
son diabète. Le médecin traitant
et la famille (parents mais aussi frères
ou soeurs) constituent, également,
un relais et un soutien très important
pour aider l'enfant à maintenir un équilibre
glycémique et nutritionnel avec des
contraintes raisonnables.
█ Conclusion
L'alimentation
est un élément essentiel de
la prise en charge du diabète insulinodépendant,
dont dépend en très grande
partie l'équilibre de la glycémie.
Les jeunes considèrent très
souvent les recommandations diététiques
comme la principale contrainte de leur traitement.
Plus encore que les autres aspects du traitement,
la diététique est une affaire
d'éducation. Les problèmes
quotidiens que rencontrent les enfants et
les adolescents diabétiques vis-à-vis
de l'alimentation sont souvent très éloignés
de l'idéal des principes nutritionnels.
Les diabétologues et les diététiciennes
doivent en tenir compte dans la démarche éducative
et le suivi diététique s'ils
veulent apporter la meilleure aide possible
aux jeunes qui ont un diabète.
Pr. Jean-Jacques
Robert
Hôpital Necker-Enfants
Malades, AP-HP,
Paris
█ Bibliographie
- Kinmonth
AL, Magrath G, Reckless JPD and the Nutrition
Subcommittee of the Professional Advisory
Committee of the British Diabetic Association.
Dietary recommendations for children
and adolescents with diabetes.
Diabetic Medicine 1989, 6:537-547
- Commission Pédagogique de l'AJD.
“ Les cahiers de l'AJD”.
L'alimentation. Les Editions de l'AJD,
1999 : Bulletins d'Information n° 1-4
(www.ajd-educ.org)
- American Diabetes Association.
Nutrition recommendations and principles
for people with diabetes mellitus.
Diabetes Care 2000, 23:S43-S46
- Traité de Diabétologie.
André Grimaldi, Ed. Flammarion
Médecine Sciences
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