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PUBLICATIONS
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OBJECTIF NUTRITION N°77 (Septembre 2005) |
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Le syndrome métabolique existe-t-il chez l’enfant ? |
Dossier
Le syndrome métabolique existe-t-il chez l’enfant ?
Dr Béatrice DUBERN
Hôpital Armand-Trousseau, AP-HP,
Paris
Chez l’adulte, la présence d’un syndrome métabolique est liée
à une augmentation notable du risque d’accidents cardiovasculaires.
L’accroissement récent de la prévalence de l’obésité chez l’enfant pose la question de l’identification et de
la prise en charge des facteurs de risque vasculaire en pédiatrie. Il est indispensable de pouvoir dépister ces facteurs
dans trois populations d’enfants particulièrement exposées : les enfants obèses, les enfants nés avec un petit poids de
naissance, et les enfants nés avec un poids de naissance élevé de mère diabétique.
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Focus
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Le syndrome métabolique
ou syndrome d’insulinorésistance (anciennement appelé syndrome X) est une
entité clinicobiologique.
Pour le définir chez l’adulte, on utilise, en pratique courante,
les normes du National Cholesterol Education Program Adult Treatment Panel
(NCEP ATP III) qui retiennent la présence d’au moins trois
anomalies parmi cinq obésité abdominale, hypertension
artérielle, hypertriglycéridémie, hypoHDLcholestérolémie, intolérance au glucose avec insulinorésistance (tableau 1).
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La prévalence du syndrome
métabolique varie selon les populations étudiées.
Il concerne près de 25 % des adultes aux États-Unis alors
qu’en France, seuls 10 %
d’entre eux sont touchés, suggérant
le rôle de l’environnement
mais aussi de facteurs
génétiques.
Chez l’enfant, il n’existe pas
à ce jour de définition simple
du syndrome métabolique en
raison de la variation des normes
avec l’âge et la taille,
de l’absence de courbes de
croissance du tour de taille
et d’études en cohorte.
Cependant, il est indispensable
de pouvoir dépister les facteurs
de risque vasculaire constituant
le syndrome métabolique dans trois populations à risque : les enfants obèses, les
enfants nés avec un petit poids de naissance et les enfants nés de mère diabétique avec un poids de naissance élevé.
Il existe un syndrome métabolique en cas de présence d'au moins 3 des 5 critères suivants : |
Critères |
Obésité abdominale (tour de taille)
Hommes
Femmes |
 102 cm
 88 cm |
HDL-cholestérol
Hommes
Femmes |
 1,04 mmol/l
 1,29 mmol/l |
Triglycérides |
 1,7 mmol/l |
Pression artérielle |
 130 /  85 mmHg |
Glycémie à jeun |
 6,1 mmol/l |
Tableau 1 : Définition du syndrome métabolique selon le NCEP ATP III (National Cholesterol Education Program Adult Treatment Panel).
█ L’ENFANT OBÈSE
Il n’existe pas, à ce jour, chez l’enfant obèse de données épidémiologiques reliant
présence d’un syndrome métabolique et risque cardiovasculaire.
Cependant, en utilisant la définition du NCEP ATP III adaptée à la pédiatrie, on a constaté que la prévalence du
syndrome métabolique était proche de 5 % chez les adolescents américains. En cas
d’obésité, elle augmentait jusqu’à 20 %, voire 50 % en cas d’obésité sévère. En utilisant la même définition et
en l’adaptant aux valeurs de référence françaises, la prévalence du syndrome métabolique était de près de
14 % chez deux cents enfants âgés de 11,8 ± 2,2 ans explorés pour obésité sévère (Z-score de l’indice de masse corporelle
supérieur à + 3 déviations standard) à l’hôpital Armand-Trousseau. Dans ce groupe,
les anomalies les plus fréquemment rencontrées étaient une répartition androïde de la masse grasse, mesurée
par absorptiométrie biphotonique, et un HDL-cholestérol inférieur au 5e percentile (figure 1).
Les variations de prévalence du syndrome métabolique d’un pays à l’autre révèlent donc non seulement la
nécessité d’établir des normes et une définition chez l’enfant en fonction du indépendamrisque vasculaire, mais aussi
le rôle probable d’autres facteurs, tels que génétiques et/ou environnementaux, comme dans les populations adultes.
FIGURE 1 : PRÉVALENCE DES DIFFÉRENTS FACTEURS DE RISQUE
VASCULAIRE CHEZ 200 ENFANTS OBÈSES SUIVIS À L’HÔPITAL TROUSSEAU |
█ L’ENFANT AVEC UN PETIT POIDS DE NAISSANCE
Chez les enfants nés avec un
petit poids de naissance (inférieur
au 3e percentile pour le
terme), le risque de syndrome
métabolique, en particulier à
l’âge adulte, existe avec une
relation clairement établie
entre petit poids de naissance
et risque vasculaire ultérieur.
En effet, de nombreuses études ont montré une association
entre le retard de croissance
intra-utérin et un risque
significativement accru
de syndrome métabolique, de
maladies cardio-vasculaires,
de diabète de type 2 et d’obésité
à l’âge adulte. Ainsi, le
risque de développer un syndrome
métabolique est dix
fois plus élevé chez les sujets
avec un poids de naissance
inférieur à 2,5 kg, comparé à
ceux dont le poids de naissance
est normal. Enfin chez
les enfants nés avec un retard
de croissance intra-utérin, de probables déterminants génétiques interviennent :
une insulinorésistance précoce a été mise en évidence chez les enfants nés avec un
retard de croissance intrautérin dans certaines minorités ethniques tels les enfants indiens de 4 à 8 ans ou les enfants afro-américains de 4 à 14 ans.
█ L’ENFANT AVEC UN POIDS DE NAISSANCE ÉLEVÉ, NÉ DE MÈRE DIABÉTIQUE
Chez les enfants nés de mère
diabétique avec un poids de naissance élevé, des études récentes ont aussi mis en évidence
un risque accru de syndrome métabolique au cours de l’enfance, indépendamment de l’obésité. Une étude
longitudinale américaine a montré que ces enfants avaient un risque trois fois plus élevé de présenter un
syndrome métabolique à 11 ans, qu’ils soient obèses ou non, par rapport aux enfant nés de mère diabétique mais avec un poids de naissance normal. Dans la même étude, l’obésité maternelle apparaissait
comme un facteur supplémentaire de risque de syndrome métabolique dans l’enfance, suggérant le rôle de
l’hyperinsulinémie in utero.
Ces données doivent cependant être confirmées par d’autres travaux.
█ PHYSIOPATHOLOGIE DU SYNDROME MÉTABOLIQUE
L’insulinorésistance se situe au cœur des mécanismes physiopathologiques
à l’origine du syndrome métabolique. L’augmentation de la masse grasse, et en particulier de la masse grasse viscérale, est
fortement corrélée à l’insulinorésistance.
En effet, le tissu adipeux périviscéral possède une très forte activité métabolique
avec libération d’acides gras libres entraînant un défaut de captation du glucose
dans les tissus périphériques (muscle squelettique, foie) avechyperinsulinémie, hypertriglycéridémie
et hypo-HDLcholestérolémie. Les études cliniques ont montré que la répartition abdominale de la masse grasse était positivement
corrélée à l’insulinémie à jeun et à la triglycéridémie, et inversement corrélée au
HDL-cholestérol, et cela indépendamment de la corpulence.
De plus, les facteurs produits par le tissu adipeux tels que le TNF (Tumor Necrosis
Factor ), l’interleukine-6 et l’adiponectine jouent eux aussi un rôle primordial dans
la physiopathologie de l’insulinorésistance (figure n°2).
FIGURE 2 : PHYSIOPATHOLOGIE DU SYNDROME MÉTABOLIQUE |

Chez les enfants nés avec un retard de croissance intra-utérin, la malnutrition in utero
induit une altération du développement du tissu adipeux : les nouveau-nés hypotrophes
présentent une quantité de masse grasse réduite à la naissance. Cependant, la majorité
de ces enfants nés avec un retard de croissance intrautérin
développent dès les premiers mois de vie une
dynamique de croissance staturopondérale exagérée, dite de rattrapage, leur permettant
de récupérer leur trajectoire de croissance génétiquement
prévue avant l’âge de deux ans. Cette dynamique
implique le développement du tissu adipeux. Deux hypothèses
relient retard de croissance intra-utérin et syndrome
métabolique avec insulinorésistance : soit cette
association découlerait du génotype “d’épargne” dont la
sélection est favorisée lors des carences énergétiques, soit
elle résulterait des conséquences métaboliques et hormonales
persistantes de la malnutrition in utero sur la
croissance fœtale et le développement du pancréas (phénotype
d’épargne). Ainsi, la “programmation fœtale”,
c’est-à-dire l’adaptation fœtale à un environnement intra-utérin
altéré, pourrait jouer un rôle central dans l’association
entre retard de croissance intra-utérin et maladies à l’âge adulte.
█ RISQUES À LONG TERME DU SYNDROME MÉTABOLIQUE CHEZ L’ENFANT
Chez l’adulte, la présence d’un syndrome métabolique multiplie par quatre le risque
de survenue d’un accident cardio-vasculaire. Chez l’enfant obèse, la quantification de ce
risque reste à ce jour difficile en raison de l’absence d’études épidémiologiques sur
la survenue des événements cardio-vasculaires majeurs.
Cependant, la relation est maintenant établie entre obésité dans l’enfance et risque cardio-vasculaire à l’âge
adulte, indépendamment de l’évolution pondérale.
En effet, les études longitudinales ont montré que l’existence d’une obésité à l’adolescence
multipliait par deux le risque de maladies coronariennes et par sept le risque
d’athérosclérose à l’âge adulte, indépendamment de l’évolution pondérale à cet
âge. De plus, de récentes études ont montré la présence chez l’enfant obèse de troubles
de la mécanique artérielle et de la fonction endothéliale qui pourraient être les premières manifestations d’une maladie vasculaire qui
s’exprimera à l’âge adulte.
Ces anomalies artérielles sont corrélées avec l’hyperinsulinémie à jeun et l’insulinorésistance et sont inversement
corrélées au HDLcholestérol.
Ces données montrent donc que, dès l’enfance, la présence des composants du syndrome métabolique pourrait déterminer en grande partie le risque vasculaire lié à l’obésité.
Chez les enfants nés avec un retard de croissance intra-utérin, la relation entre petit
poids de naissance et risque vasculaire a, quant à elle, été établie. En effet, la malnutrition
in utero et les réponses hormonales induites sont responsables d’anomalies vasculaires
précoces. Par exemple, l’augmentation du cortisol plasmatique décrite chez les fœtus ayant un retard de croissance
intra-utérin pourrait en partie être responsable d’une hypertension artérielle à l’âge
adulte, en raison du rôle du cortisol dans la régulation de la pression artérielle fœtale
(augmentation de la sensibilité vasculaire à l’angiotensine II). De même, l’altération
de l’axe hormone de croissance-IGF1 avec résistance à l’hormone de croissance jouerait un rôle en particulier sur la fonction cardio-vasculaire.
█ CONCLUSION
Un lien direct est maintenant
établi entre, d’une part, l’insulinorésistance
chez l’enfant et, d’autre part, le risque vasculaire à l’âge adulte :
de nombreuses études ont confirmé le rôle de l’insulinorésistance dans les lésions
vasculaires précoces et sur le risque de mortalité à l’âge adulte, en particulier chez les
enfants nés avec un retard de croissance intra-utérin.
L’accroissement de la prévalence de l’obésité infantile peut laisser craindre une recrudescence de pathologies
cardio-vasculaires au cours des prochaines décennies. Il est donc nécessaire de disposer
d’une définition spécifique à l’enfant pour dépister le syndrome métabolique afin d’envisager des moyens thérapeutiques
adaptés, en complément de la prise en charge diététique et de la lutte contre la sédentarité.
Dr Béatrice DUBERN
Hôpital Armand-Trousseau,
AP-HP, Paris
█ Bibliographie
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N Engl J Med 2004 ; 350 :2362-2374
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