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Dernière mise à jour le : 18 septembre 2008 |
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Les compléments alimentaires : intérêts et limitesDr Jean-Michel LECERF Ni aliments, ni médicaments, les compléments alimentaires pallient-ils des carences alimentaires réelles ou supposées, ou peuvent-ils jouer un rôle de prévention ? Les études n'en étant qu'à leurs débuts, les réponses restent ambiguës. Que sont les compléments alimentaires ? Quel est leur intérêt nutritionnel ? Quelles sont les limites de leur utilisation ? Le praticien se doit d'attirer l'attention de ses patients sur les risques qui pourraient être liés à ces produits ou à leur usage inapproprié. Et conseiller d'améliorer plutôt l'alimentation courante, sur laquelle doivent porter tous les efforts. █ DÉFINITIONS : ENTRE ALIMENT ET MEDICAMENT
En France, une première définition des compléments alimentaires a été donnée par le décret du 15 avril 1996 : “les compléments alimentaires sont des produits destinés à être ingérés en complément de l'alimentation courante, afin de pallier l'insuffisance réelle ou supposée des apports journaliers”. Cette définition apporte des éléments très précieux en considérant les compléments alimentaires comme un complément de l'alimentation courante. De ce fait ils doivent donc suivre la réglementation générale des aliments et leur composition respecter les dispositions du décret du 15 avril 1912 ! Ce ne sont pas des médicaments, ils n'ont donc pas d'effet thérapeutique. Palliant les insuffisances de l'alimentation, ils ont un intérêt qui ne peut être que nutritionnel. La directive européenne 2002/46/CE a donné une autre définition précise dans son article 2, reprise dans le décret 2006-352, publié au Journal Officiel de la République Française le 20 mars 2006 : “on entend par complément alimentaire, les denrées alimentaires dont le but est de compléter le régime alimentaire normal et qui constituent une source concentrée de nutriments ou d'autres substances ayant un effet nutritionnel ou physiologique seuls ou combinés, commercialisés sous forme de doses destinées à être prises en unités mesurées de faible quantité”. Cette définition confirme qu'il s'agit de denrées alimentaires et apporte des éléments supplémentaires, notamment le fait que des substances ayant un effet nutritionnel ou physiologique, tels certains phytoconstituants, ou des plantes… peuvent entrer dans leur composition. Pour les plantes la situation est complexe puisque certaines plantes médicinales répondent à la réglementation des médicaments (usage pharmaceutique), alors que d'autres, d’usage traditionnel dans l'alimentation, appartiennent aux compléments alimentaires. Bien qu'étant des denrées alimentaires, les compléments alimentaires ne sont donc pas des aliments au sens de l'excellente définition qu'en avait donné Jean Trémolières : “un aliment est une denrée alimentaire comestible, nourrissante, appétente et coutumière”. La présentation en gélules (ou autres) est bien sûr incompatible avec le caractère appétent (donnant de l'appétit et donc associé au plaisir). Ainsi ni aliment, ni médicament, les compléments alimentaires ont un statut à part, parfois ambigu, d'autant plus qu'apparaissent des aliments dits “fonctionnels ” , qui seraient différents des autres par des propriétés liées soient à leur composition naturelle intrinsèque soit à des constituants ajoutés ou modifiés. Quant aux substances autorisées dans les compléments alimentaires, leur liste a été précisée par les autorités réglementaires (encadré 1).
█ QUELLES JUSTIFICATIONS ? La première justification des compléments alimentaires repose sur leur définition : complément de l'alimentation pour pallier l'insuffisance éventuelle des apports journaliers en nutriments pour lesquels existent des recommandations (les Apports Nutritionnels Conseillés : ANC). Les carences nutritionnelles sont aujourd'hui rares dans les pays développés, sauf chez les plus pauvres ; ceux-ci ne peuvent cependant avoir recours aux compléments alimentaires, trop onéreux. Les autres populations à risque de carences le sont du fait de comportements particuliers (carence en vitamine B12 chez les végétaliens), de pathologies spécifiques (malabsorption, cancers, anorexie…) ou de conditions physiologiques particulières : femmes enceintes (fer, vitamine B9), personnes âgées, enfants en croissance. En dehors de ces cas, les enquêtes alimentaires montrent que les apports observés sont en moyenne proches des apports conseillés, même si la ration alimentaire n'est pas parfaitement conforme aux recommandations. Cependant les nutritionnistes de santé publique insistent depuis quelques années sur un point nouveau : le fait que certains déficits, en dehors même de carences (Encadré 2), peuvent favoriser la survenue de pathologies dégénératives. Il est habituellement admis qu’une alimentation équilibrée suffit à couvrir les apports conseillés. Mais il faut aussi admettre qu'un certain nombre de personnes ne parviennent pas, ne veulent pas ou ne peuvent pas équilibrer leur alimentation. À cela certains ajoutent le fait que les processus de production des aliments (transformation industrielle, stockage, raffinage, préparation), altèrent la densité nutritionnelle de bon nombre d'entre eux, végétaux surtout. La seconde justification, liée à des effets spécifiques, repose aussi sur la définition faisant état d'effet physiologique. Il ne s'agit pas d'effets thérapeutiques : les doses supra-nutritionnelles de certaines vitamines utilisées à de telles fin (exemple : la vitamine B9 pour corriger une hyperhomocystéinémie) ne rentrent donc pas dans ce cadre. Ces effets physiologiques sont documentés de façon extrêmement variable. Ainsi les effets des isoflavones dépendent en partie de leur métabolisation par la flore intestinale, mais aussi de l'environnement hormonal : ces effets ne peuvent donc être obtenus de façon identique chez tous les sujets. De même des effets spécifiques de certains caroténoïdes (lutéine, lycopène), des phytostérols, des acides gras oméga 3, des peptides fonctionnels, des prébiotiques… pour lesquels la recherche est très active.
█ DES PREUVES ? Les études sur l’intérêt des compléments alimentaires n’en sont qu’à leurs débuts : on est encore loin de l'EBM ("Evidence Based Medicine"). Les données expérimentales rendent compte des effets physiologiques et fonctionnels de tous ces constituants : mais du in vitro au in vivo, de l'animal à l'homme, il y a parfois plus qu'un pas,un gouffre… Ainsi, les effets antioxydants des polyphénols ne franchissent pas toutes les barrières de la biodisponibilité ; et peuton parler "des" polyphénols alors que plus de quatre mille molécules existent, les unes pouvant être en partie substituées par les autres ? Alors prendre du resveratrol ou de l'hydroxytyrosol en poudre sous prétexte qu'ils sont présents dans le vin et l'huile d'olive est plus qu'une extrapolation hasardeuse… mieux vaut aller à la source ! Les données épidémiologiques se révèlent, elles, précieuses. Les études d'observation (castémoins et prospectives) ont permis de suggérer que le lycopène était peut-être impliqué dans la prévention cardiovasculaire ou du cancer de la prostate ; mais est-ce la tomate qui est en cause, ou n'est-elle qu’un marqueur d'une consommation élevée de certains fruits et légumes (au même titre que le fut le ß carotène) ? Du fait de cette mauvaise interprétation, des doses très supra-nutritionnelles de ß carotène avaient été administrées : elles avaient entraîné une augmentation du risque de cancer du poumon chez les fumeurs qui consomment en outre de l'alcool… L'étude observationnelle SHEEP, unique en son genre, s'est spécifiquement intéressée au risque d'infarctus du myocarde chez les consommateurs de compléments alimentaires multivitaminiques. Le risque relatif de subir un infarctus du myocarde était diminué de 21 % chez les hommes et de 34 % chez les femmes, après ajustement pour les facteurs de risque cardiovasculaires majeurs. Cette association n'était pas modifiée par le tabagisme ou l'activité physique ou des habitudes alimentaires considérées comme saines. Cependant seule une étude d'intervention permettrait de le prouver. Ce fut un des buts de l'étude SUVI- MAX. Celle-ci, étudiant une supplémentation à dose modérément supra-nutritionnelle de 5 micronutriments (vitamine E, vitamine C, ß carotène, zinc et sélénium) chez 13 000 sujets sains pendant 7,5 ans, n'a pas montré d'effet sur le plan cardiovasculaire. En revanche, elle a montré une réduction du risque de cancer et une diminution de la mortalité chez les hommes. On peut attribuer l'absence de bénéfice chez les femmes à leur statut nutritionnel initialement meilleur, ne justifiant pas de recours aux compléments alimentaires dans ce cas. L'absence de bénéfice cardiovasculaire peut être lié au fait que cette population avait un trop faible risque pour qu'un effet fut mesuré dans les conditions de l'étude ; mais ce n'est qu'une hypothèse.
█ DES RISQUES AUX INDICATIONSPrimum non nocere, reste l'adage absolu. Les risques des compléments alimentaires peuvent être dus au produit lui-même ou à un usage inapproprié.
La première indication logique des compléments alimentaires semble être d'apporter des micronutriments en complément de l'alimentation courante quand celle-ci est déf iciente, bien que les consommateurs de compléments alimentaires ne soient pas forcément ceux qui en ont le plus besoin. Une étude allemande a clairement montré que les apports nutritionnels conseillés sont beaucoup plus souvent atteints chez les consommateurs de compléments alimentaires, avec une contribution des ANC qui peut atteindre 36 à 43 % pour la vitamine E. Cependant certains sujets restent en dessous des ANC malgré cette prise, tandis que d'autres atteignent déjà 100% des ANC sans leur consommation. D'autres indications, qui iront croissantes et seront de plus en plus documentées, verront progressivement le jour dans des fonctions physiologiques, voire pour des objectifs précis de prévention. Quoiqu'il en soit les compléments alimentaires doivent rester dans leur rôle, à savoir celui de compléter l'alimentation "courante" qui garde la priorité absolue, et sur l'amélioration de laquelle tous les efforts doivent porter.
█ CONCLUSIONLes compléments alimentaires représentent un nouveau champ d'investigation et de recherche en nutrition via les études relatives aux substances concernées. Leur place et leur intérêt en nutrition humaine ne sont pas toujours établis, mais leur hétérogénéité justifie une analyse par type de produit. Dans la mesure où leurs composants sont naturellement présents dans les aliments, ils ont au moins le mérite d'assurer un juste retour aux sources et donc à l'aliment █ Bibliographie
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