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OBJECTIF NUTRITION N°85 (Septembre 2007) |
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Plaisir et alimentation : incompatibilité ou synergie ? |
Tribune
Plaisir et alimentation : incompatibilité ou synergie ?
Le plaisir est une grande invention de la Nature.
Le plaisir, associé aux comportements susceptibles de favoriser
la sur vie d’un individu ou de l’espèce, est un mécanisme superbe pour favoriser
la recherche et la consommation de ce qui est utile non seulement dans l’immédiat, mais aussi
pour l’avenir. Certains philosophes et scientifiques ont d’ailleurs affirmé que le plaisir est toujours
la signature d’un comportement utile.
Malheureusement, le monde actuel nous conduit à nous interroger sur
le « trop » de plaisir qui, recherché pour lui-même et au-delà
du besoin, mènerait à l’excès de calories, à l’obésité, au diabète,
aux maladies cardio-vasculaireset autres syndromes métaboliques. On pourrait se croire chez
un Molière du XXIe siècle dans cette succession de catastrophes. Les mouvements
d’humeur contre la récente médicalisation du choix des aliments paraissent souvent justifiés.
Cependant, force est de constater que l’accès au plaisir alimentaire dans le monde d’aujourd’hui
déborde souvent nos capacités d’adaptation à des conditions pour lesquelles la Nature ne nous a pas préparés.
Les humains aiment ce qui les nourrit, c’est ce
qui a permis à leur espèce de survivre. Ils développent des préférences pour ce qui leur fournit
de l’énergie et des nutriments. Le plaisir est notre guide dès la naissance (et peut-être même avant) et nous conduit à rechercher ces aliments dont nous avons appris qu’ils nous nourrissent. Nos
ancêtres devaient profiter de la présence de sources d’énergie alimentaire et les ingérer,
même sans faim, afin de se constituer des réserves corporelles qui augmentaient leurs
chances de survivre en cas de pénurie. Ils avaient d’ailleurs un style de vie, sans voiture, sans
ascenseur, sans chauffage central, qui leur donnait de multiples occasions d’utiliser ces réserves.
Notre monde n’est plus le leur. Notre plaisir alimentaire peut être obtenu pratiquement sans
limites de temps ou de lieu, bien au-delà des besoins d’une vie de plus en plus sédentaire. Le plaisir
est certes une dimension essentielle d’une « bonne » alimentation. Le problème est que ce plaisir
excède souvent les capacités du mangeur à réguler son bilan d’énergie et l’expose à devoir
évaluer ses comportements en termes de risques pour sa santé. À côté du plaisir de manger,
il faudrait retrouver le plaisir du rassasiement, le plaisir de ressentir l’alternance entre
satiété et faim, et même le plaisir délicieux d’éprouver de la faim avant un bon repas, sans
parler du plaisir de bouger. Ces plaisirs multiples, et non pas le seul plaisir de consommer, sont les
garants d’une saine alimentation.
France Bellisle
CRNH Ile de France, Bobigny.
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