|
|
|
PUBLICATIONS
 |
OBJECTIF NUTRITION N°86 (Décembre 2007) |
|
|
Poids et hormones sexuelles chez la femme |
Dossier
Poids et hormones sexuelles chez la femme
Pr Patrick Ritz
Pôle de maladies métaboliques et de médecine interne,
CHU Angers
A taille et à poids égal, la femme dépense moins d’énergie que l’homme. Lui proposer les mêmes quantités d’aliments conduit
donc à une inégalité de poids et à une plus grande prévalence de l’obésité. Certaines périodes sont particulièrement critiques.
En péri-ménopause, la femme est plus exposée à une prise de poids sous forme de masse grasse viscérale aux conséquences
métaboliques et cardiovasculaires fâcheuses. Lors de la grossesse, situation à risque de prise de poids, le médecin, voyant alors sa
patiente régulièrement en consultation, peut faire changer son comportement alimentaire si elle est demandeuse.
Focus |
La composition corporelle diffère selon le sexe. A poids égal, la femme a une masse
grasse plus importante que l'homme et une moindre masse maigre, d'où une différence de
besoins énergétiques de 20 à 25 % puisque la masse maigre en est le principal déterminant.
Après prise en compte des différences de masse maigre, une différence de dépense
énergétique persiste, de 6 à 7,5 % pour la dépense énergétique totale, soit environ 125 kilocalories par jour.
Cette différence apparaît dès la puberté.
|
Les deux sexes se révèlent
inégaux quant à la régulation du poids et quant à la dépense en énergie. En
témoigne la plus grande prévalence de l'obésité chez la femme qui, au cours de
sa vie génitale, subit l’influence d’hormones aux effets variés qui modulent
son poids, soit naturellement (puberté, cycles, grossesse, ménopause), soit à cause de leur utilisation
thérapeutique (contraception, traitement hormonal substitutif).
█ PARTICULARITÉS DU MÉTABOLISME ÉN ERGÉTIQUE DE LA FEMME
La dépense énergétique, plus importante chez l'enfant
que chez l'adulte, diffère également entre les sexes à partir de la puberté. Pour expliquer ces différences, plusieurs hypothèses
sont avancées :
les enfants présentent une masse relative des organes plus grande que les adultes. Les organes
ayant une activité métabolique plus intense que le reste du corps, et en particulier le muscle, la dépense énergétique des
enfants est donc plus importante.
Cette proportion entre la masse des organes et la masse musculaire diffère également entre les sexes.
La composition en fibres musculaires n'est pas la même selon le sexe, la femme ayant une plus
grande proportion de fibres de type I, à activité métabolique moins intense.
Les androgènes naturels mâles (testostérone) n'ont pas d'effet thermogène propre (augmentation de la
dépense d’énergie), mais augmentent la masse musculaire. Ainsi, un traitement
de courte durée (7 à 10 jours) ne modifie pas la dépense énergétique, alors qu'un traitement de trois mois l'augmente de 7 % par
accroissement de la masse maigre d'environ 10 %.
Les androgènes naturels de la femme ont peut-être un effet thermogène. En effet, la variation du taux plasmatique en androstènedione
est un déterminant de la dépense énergétique de repos, dont elle explique 4 % de la variance. Cet effet est indépendant des variations
de composition corporelle et des concentrations en hormones thyroïdiennes. D'une extrémité à l'autre des concentrations en androstènedione, on constate
une différence de dépense énergétique de 217 kilocalories par jour.
█ LA PUBERTÉ
Cette période correspond à des modifications considérables d'imprégnation hormonale,
de composition corporelle et de comportement. C'est une phase de croissance importante en taille et en poids, d'où des
besoins en énergie accrus. Les filles gagnent beaucoup plus de tissu adipeux que les garçons. Au sein même de la masse maigre, la part
relative de la masse musculaire (à faible activité métabolique) augmente par rapport à celle des organes. Les modifications comportementales
influencent aussi grandement les transformations pondérales de la puberté. A cette période, les
enfants prennent leur autonomie dans leur activité physique (ils décident d'en avoir ou de ne pas en avoir)
et dans leur alimentation (achat des aliments, confiseries...).
Ces modifications comportementales subissent une influence culturelle notable. Ainsi, au moment de la puberté, la
prise de poids et les modifications de la composition corporelle varient considérablement d'un individu à
l'autre.
Une maturation sexuelle précoce se révèle un facteur prédisposant à une masse grasse plus abondante pendant
l'adolescence, et à un risque plus élevé d'obésité à l'âge adulte. La maturation sexuelle précoce freine la croissance d'adolescents
qui deviennent des adultes de taille inférieure à la moyenne, favorisant ainsi l'augmentation de l'IMC.
█ LE SYNDROME PRÉMENSTRUEL
Il existe des variations des concentrations hormonales sexuelles féminines au cours du cycle menstruel.
Un effet thermogène de la progestérone est clairement démontré. D'ailleurs, la température corporelle augmente dans la seconde phase du cycle,
et la dépense énergétique s'avère plus élevée en phase lutéale qu'en phase folliculaire. La différence est de l'ordre de 100 kilocalories par jour avec des
différences interindividuelles notables.
Une augmentation de la prise alimentaire survient également à la phase lutéale, chez les femmes en bonne santé et chez celles
souffrant d'un syndrome prémenstruel. Cette différence, en moyenne de l'ordre de 10 %, varie entre des extrêmes de + 3 et + 38 %
d'apport énergétique supplémentaire en phase lutéale. Le classique "craving" (faim aigue spécifique) pour les glucides n'est pas
démontré. Cependant, chez les femmes présentant des "craving" pour des aliments particuliers, ceux-ci sont plus fréquents et plus
sévères en phase lutéale qu'en phase folliculaire. Les femmes n'ovulant pas, ou sous contraceptif oral, ne présentent pas de différence
de prise alimentaire entre les deux phases du cycle.
La balance entre l'oestradiol et la progestérone influence probablement la prise alimentaire. Les oestrogènes
inhibent cette dernière alors que la progestérone naturelle n'a pas d'effet sur elle. Ce n'est peut-être pas vrai des progestatifs
de synthèse, particulièrement de l'acétate de médroxyprogestérone, utilisé comme stimulant de
l’appétit au cours de certains cancers. C’est ce climat d'inhibition relative de l'effet de l'oestradiol en
phase lutéale qui favoriserait la prise alimentaire.
CONTRACEPTION ET POIDS |
La crainte d’une prise de poids associée à la contraception est fréquente,
rapportée par plus de la moitié des femmes, et peut conduire à l’arrêt de ce
traitement.
Contraception oestroprogestative : une récente analyse exhaustive de la
littérature conclut qu’il n’y a que peu d’effet sur le poids. Dernièrement
la comparaison d’un anneau vaginal imprégné et d’une pilule triphasique a
montré une prise équivalente de 1,3 kg en trois mois.
Contraception progestative : les progestatifs implantables (type Implanon*)
sont responsables d’une plainte de prise de poids de la part de 13% des
patientes, avec une prise moyenne de 1,7 kg en un an. Ces prises de poids sont
probablement semblables à l’évolution naturelle du poids avec le temps. Enfin,
certains progestatifs comme l’acétate de cyprotérone (Diane*) peuvent favoriser
la prise de poids (entre 1 et 8 kg en 6 mois).
La contraception locale ne peut être rendue directement responsable d’une
prise de poids. |
█ LA GROSSESSE
La grossesse, ou les grossesses, sont souvent citées en consultation d'obésité comme l'événement déclenchant
la prise de poids.
Les recommandations en matière de prise de poids souhaitable au cours de la grossesse se fondent sur une moindre mortalité de la mère et de l’enfant. Les plus
récentes sont fonction de l'IMC avant la grossesse (Tableau 1).
TABLEAU 1 : RECOMMANDATIONS DE PRISE DE POIDS AU COURS DE LA GROSSESSE |

La prise de poids au cours de la grossesse, de l'ordre de 7 à 8 kg, correspond au foetus, à l'augmentation du volume
des organes et des tissus (seins, utérus, volume sanguin) et au placenta. Il s'y ajoute une prise de masse
grasse d'environ 3 kg, aboutissant ainsi à un total d'environ 10 à 12 kg. Toute prise de poids supplémentaire est
faite de masse grasse.
La majorité des études réalisées rendent la grossesse responsable d'une prise de poids persistant à 12 mois de
la naissance. Cette prise de poids est très variable : pour trois études à la méthodologie irréprochable, la prise de poids moyenne 12 mois
après la naissance s'élève de 0,4 à 3 kg. Une étude longitudinale suédoise, portant sur environ 1500 femmes, enregistre une prise de poids
moyenne à 12 mois de 0,5 kg. Cependant, 1,5% des femmes ont pris plus de 10 kg, 13 % d'entre elles entre 5 et 10 kg, et 56 % entre
0 et 5 kg. Un certain nombre de facteurs de risques ont été identifiés. Ainsi, l'importance de la prise de poids pendant
la grossesse, l'âge, l'arrêt du tabagisme et une prise de poids importante après une grossesse antérieure sont
des facteurs de risques positivement associés à la rétention de poids après la naissance, alors que l'allaitement
et les irrégularités des horaires des repas sont plutôt protecteurs, bien que faiblement. Dans cette
étude, le poids initial, la parité, une contraception oestroprogestative antérieure, le statut social et marital, et les conseils diététiques
pendant la grossesse ne sont pas associés à la variation de poids 12 mois après la naissance.
█ LA MÉNOPAUSE
Les trois à cinq années de la ménopause se révèlent critiques pour la prise de poids
féminine. La périménopause se traduit par une perte brutale ou progressive de la sécrétion hormonale en progestérone, puis en
oestrogènes.
La prise de poids moyenne est modeste mais varie considérablement d'une femme à l'autre. Selon les études, elle s'échelonne de
0,6 à 5 kg. Elle n'est donc pas très importante en général mais survient en peu de temps.
La masse grasse totale et périviscérale augmente au cours de la transition ménopausique. Une diminution de la masse maigre
et musculaire est beaucoup plus discutée. Les causes de cette variation pondérale sont complexes. D'une part il y a une
réduction d'environ 100 kilocalories par jour de la dépense énergétique de repos qui survient en moyenne à partir de l'âge
de 48 ans. D'autre part, l'activité physique diminue en période de périménopause, représentant environ 130 kilocalories par jour d'énergie
dépensée en moins. Par ailleurs, des études récentes sur les animaux castrés mettent en évidence une prise alimentaire augmentée
et une activité physique diminuée, qui sont corrigées par les oestrogènes. La balance énergétique
devient donc positive par apports alimentaires inappropriés et par réduction de la dépense d’énergie : perte de masse maigre
éventuelle, perte de l’effet thermogène de la progestérone et réduction de l’activité physique.
█ QUELQUES SITUATIONS PARTICULIÈRES
Dans l’anorexie mentale, l’aménorrhée est un signe clinique fréquent, même
s’il n’est pas constant. Il traduit l’étroite relation entre le poids, les médiateurs hormonaux du tissu adipeux et la régulation de
la fonction ovarienne par l’hypothalamus.
Le syndrome des ovaires polykystiques est responsable d’une dysménorrhée et d’une insulino-résistance.
C’est cette dernière qui provoque des anomalies du métabolisme des glucides et des lipides, entraînant un excès de
graisse viscérale avec surpoids à prédominance abdominale.
Le traitement des stérilités entretient des relations complexes avec le poids. L’obésité diminue la fertilité. L’induction d’ovulation
est souvent précédée d’une demande de perte de poids par le gynécologue, alors qu'elle est souvent citée comme un facteur de prise
de poids par les patientes.
POIDS ET TRAITEMENT HORMONAL DE LA MÉNOPAUSE |
Des études avec suivi variant de 2 à 15 ans montrent que le traitement
hormonal de la ménopause n’entraîne pas de prise de poids. Au contraire il prévient la prise pondérale et les modifications de masse grasse.
Les craintes de nombreuses femmes, qui les conduisaient à ne pas adhérer au traitement, sont donc infondées. Cela ne dispense pas pour autant le praticien
de les informer objectivement des bénéfices et risques de ce traitement. |
█ CONCLUSION
Au cours de la vie de la femme, les modifications du poids prennent souvent
du temps pour se constituer, et traduisent un excès (souvent modeste) des apports alimentaires.
La correction du poids s'avère donc plus facile quand il y a peu de poids à perdre, autant dire tôt. La
surveillance régulière, mais sans excès, du poids est un facteur préventif important. Certaines étapes de la vie
des femmes sont critiques car souvent associées à une prise de poids. En informer la patiente permet d’engager
des mesures de surveillance et de prévention, voire de correction.
█ Bibliographie
1. Svendsen OL, Hassager C, Christiansen C. Impact of regional and total body composition and
hormones on resting energy expenditure in overweight postmenopausal women. Metabolism. 1993;42(12):1588-91.
2. Astrup A, Buemann B, Christensen NJ, Madsen J, Gluud C, Bennett P, Svenstrup B. The contribution of body
composition, substrates, and hormones to the variability in energy expenditure and substrate utilization in premenopausal women. J Clin
Endocrinol Metab. 1992;74(2):279-86.
3. Dye L, Blundell JE. Menstrual cycle and appetite control: implications for weight regulation. Hum Reprod. 1997;12(6):1142-51.
4. Rossner S. Weight gain in pregnancy. Hum Reprod. 1997;12 Suppl 1:110-5.
5. Astrup A. Physical activity and weight gain and fat distribution changes with menopause: current evidence and research issues. Med Sci Sports Exerc. 1999;31(11 Suppl):S564-7.
Abonnez-vous gratuitement à Objectif Nutrition
en cliquant ici
|